« No(u)s mèmes » est un projet de recherche initié en 2022 et actif aujourd’hui. Il naît dans le contexte de l’organisation d’une journée d’études « No(u)s mèmes » qui a eu lieu le 14 octobre 2022 au CNAM à Paris. Cette journée d’étude, organisée avec le soutien de l’EUR ArTeC, aborde les mèmes en tant que nouvelles formes d’écriture du « soi » et du « nous ». Étudier « nos » mèmes signifierait, alors, comprendre quelque chose de « nous-mêmes », de nos pratiques, en ligne et hors ligne, de nos imaginaires et de nos liens cognitivo-affectifs, entre expression intime et renouvellement de l’« horizon de sens » collectif. La co-direction des numéros #11 et #12 de la revue Hybrid avec Laurence Allard intitulés « Vies et vitalités des mèmes » s’inscrit dans la continuité des thématiques développées lors de la journée d’étude. Le projet comprend également des missions ponctuelles de médiation scientifique telles que l’organisation d’ateliers invitant à la réflexion autour des mèmes lors de la Fête de la Science 2023 à l’Université Paris Nanterre en collaboration avec des artistes. Il ouvre également à des modalités pédagogiques innovantes autour de l’objet-mème.
Porteures du projet
- Fabrizio Defilippi, docteur (Dicen-IdF, EA 7339)
- Irene De Togni, docteure (Dicen-IdF, EA 7339)
- Lucas Fritz, doctorant (Dicen-IdF – ED 138 / Iris – EHESS)
- Adrien Péquignot, doctorant (EUR ArTeC / Cemti – EA 3388)
- Gabriele Stera, doctorant (EUR ArTeC / FabLitt – EA 7322 LHE)
Présentation du projet
Bien que le terme de « même » soit employé depuis les années 70 pour désigner un « élément culturel se propageant de façon interindividuelle par copie ou imitation (Dawkins, 1972), le mème se distingue d’autres contenus numériques par sa forme (souvent des images, animées ou non, associées à un texte court), ses lieux d’émergence (les réseaux sociaux numériques) et son mode de diffusion (les utilisateur.ices de ces réseaux). Entre divertissement et politique, la prolifération de mèmes brouille progressivement les frontières entre cultures underground et mainstream, en constituant un phénomène social et communicationnel important.
Au niveau académique, le mème fait désormais l’objet d’une réflexion interdisciplinaire, au carrefour entre les sciences de l’information et la communication, l’art et la philosophie. Notre groupe souhaiterait développer une réflexion sur ce phénomène à travers une approche capable de saisir ses différentes facettes communicationnelles, esthétiques, socio-techniques et politiques. Ainsi, nous voudrions décrire et comprendre les tendances et les dynamiques liées à la création, diffusion et évolution des mèmes, mais aussi en saisir le potentiel artistique et politique :
1- Nous abordons les mèmes en tant que nouvelles formes d’écriture du soi et du « nous », en faisant l’hypothèse qu’ils sont à la fois un point de convergence de tendances sociales et un outil d’expression intime, un moyen de renouvellement de l’horizon de sens collectif mais aussi une « arme » de radicalisation politique (Wu Ming 1, 2021). En tant que vecteurs de significations sociales, les mèmes peuvent contribuer à l’émergence de communautés en ligne, jouant un rôle dans les luttes politiques et dans la construction identitaire de groupes hétérogènes. De quelle manière les mèmes participent-ils à la création d’un imaginaire social partagé ? Comment la critique des dynamiques de pouvoir peut-elle évoluer à travers la production mémétique ? Comment la communication par les mèmes peut-elle donner vie à de nouvelles formes d’interaction sociale et politique?
2- Nous nous approchons au phénomène mémétique par sa dimension créative, en proposant de concevoir les mèmes comme un medium qui rend possibles de nouvelles formes de recherche collective. Nous voudrions mettre en place notamment de dispositifs qui permettent de « performer » le même comme un outil d’expression artistique (Tanni, 2020), en utilisant le statut pluriel du mème, qui est à la fois un objet culturel à part entière, une icône de la culture Internet ou encore un symbole de certaines fonctions communicationnelles à l’ère du numérique (comme l’émotion liée à la fatigue d’être soi, à l’isolement social ou à la solidarité politique). Si le mème existe seulement dans et par sa diffusion, au-delà de toute prétention de « privatisation », comment faire fructifier son potentiel créatif ? Qu’est-ce que le mème nous permet de voir de nous-mêmes et de notre société ? Quel rapport existe-t-il entre l’art et la production mémétique ?
Quels sont donc nos mèmes et qu’est-ce qu’ils nous font ? Comment leur présence constante traverse notre quotidienneté, en influençant également nos questions de recherche académiques ? Ces quelques réflexions constituent le point de départ pour le travail de notre groupe interdisciplinaire et s’inscrivent dans les trois axes de recherche de l’EUR ArTeC, dans la mesure où les mèmes représentent une nouvelle façon d’écrire et publier, questionnent les liens entre recherche et création, et constituent une médiation technologique de plus en plus importante.
Références bibliographiques
- Hobson, H., Modi, K. (2019), Socialist Imaginaries and Queer Futures: Memes as Sites of Collective Imagining, in Post Memes. Seizing the Memes of Production, Punctum Books, pp. 327-352.
- Gal, N., Shifman, L., & Kampf, Z. (2016), “It Gets Better”: Internet memes and the construction of collective identity, New Media & Society, 18(8), pp. 1698–1714.
- Kaplan, F., Nova, N. (2016), La culture Internet des mèmes, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes.
- Shifman, L. (2014), Memes in digital culture, Cambridge, MIT Press.
- Tanni, V. (2020), Memestetica. Il settembre eterno dell’arte, Roma, Nero Editions.
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