Le Gouinéma naît en septembre 2021 et prend le statut associatif en 2024. Il se propose comme un espace de partage et de réflexion collective autour de la dimension politique du cinéma aujourd’hui, et des liens entre le cinéma et la communauté lesbienne. Le projet émerge d’un constat : l’existence d’un besoin, pour les spectateurices qui s’identifient comme lesbiennes, d’espaces de discussion en non mixité ou mettant en valeur le point de vue lesbien dans la réception des films. Il a pour enjeu de développer le discours autour du cinéma lesbien et queer et de proposer des espaces et de dynamiques de réception créatrice et engagée par les publics lesbiens et queer.
Dans un premier temps, l’association s’engage à construire des dispositifs pour habiter en tant que lesbiennes les espaces publics dans une optique de réappropriation communautaire des lieux citoyens et notamment les salles de cinéma, les espaces de convivialité et d’échange, des tiers lieux. Dans un deuxième, elle vise à développer une proposition de pédagogie horizontale autour de la réception cinématographique par des publics minoritaires et minorisés ; la constitution collective et toujours en cours de se faire du regard lesbien sur la culture, déconstructif, à la fois, des codes coercitifs et créatif de partage, d’émancipation et de politique.
Les valeurs de l’association
Le Gouinéma est une association née en 2021 qui propose diverses sorties culturelles et de dispositifs de réception communautaire des films en lien avec la culturel queer et lesbienne. Prenant inspiration de la sociologie de la réception française des années 1980 et de la longue pratique lesbienne et féministe de politisation du cinéma, nous développons un projet de sorties culturelles militantes et d’autodidaxie communautaire autour du cinéma.
Le cinéma lesbien comme épistémologie militante sur le cinéma
Loin de représenter un corpus de films et d’acteurs déjà formé, le cinéma lesbien prend pour nous le mode interrogatif d’un cinéma toujours en train de se faire – et que nous faisons !
La sortie communautaire comme réappropriation militante des espaces publics de réception culturelle
Notre enjeu, avec les sorties, est d’habiter ensemble en tant que lesbiennes et personnes queer les espaces publics et de vivre ensemble les expériences culturelles comme une occasion politique de construction de notre communauté.
L’autodidaxie communautaire ou la pédagogie horizontale pour la construction collective d’un regard lesbien
La table ronde, la prise de parole libre, la bienveillance, la non-mixité sont de modalités qui nous permettent de développer de manière autonome nos codes, imaginaires et clés d’interprétation des films que nous regardons et de nous émanciper du regard imposé.
Les sorties Gouinéma
Le fonctionnement du ciné-club prévoit une sortie par mois, tous les deuxièmes mardis du mois. Le ciné-club prévoit, d’une part, des choix de visions qui se basent sur l’offre de la programmation culturelle des salles parisiennes. De l’autre, il prend part ou conçoit des parcours autour du cinéma lesbien, féministe ou queer se concentrant sur des films expressément choisis.
Le collectif cherche à mettre en place une proposition pédagogique horizontale et une possibilité communautaire de réception et de critique de films. Cela passe par deux moments : d’abord, le moment du visionnage qui s’appuie sur le sentiment d’être physiquement ensemble dans les salles de cinéma, de regarder ensemble et dans une perspective collective le même film et, ensuite, par le moment de partage, discussion et élaboration du film qui se réalise de manière horizontale via une prise de parole libre et bienveillante.
Au cours des sorties se construit un véritable point de vue et une pratique de visionnage et de réception collective qui se veut le plus que possible non hiérarchique et participative. Chaque séance commence par une brève présentation du film et des motivations du choix par le collectif qui s’occupe de l’organisation du ciné-club et se poursuit par une prise de parole, facultative, en modalité tour de table sur la base de suggestions de sujets et de points d’analyse du film de la part des animatrices de la discussion. L’enjeu est de sortir d’une rhétorique d’inspiration marchande d’évaluation et d’appréciation binaire (j’aime/j’aime pas) des films et de développer des véritables outils de réactivation et de discussion sur le film et avec le film.
Le choix des films porte sur des rélisations à thématique lesbienne, féministe, queer ou, plus généralement, centrée sur des personnes minorisées. Ce choix s’efforce de privilégier la diversité au niveau du pays de production, de l’équipe de réalisation du film, du casting, ou de l’époque de sortie incluant également, lorsque possible, des ressorties. Nous sommes un collectif basé à Paris. Le choix des salles privilégie le réseau des cinémas indépendants de Paris (le CIP) et peut, en fonction des programmations, inclure les salles du réseau mk2.
L’association propose à ce stade quatre types de sortie : la régulière, la ressortie, l’originale et la conférence.
La régulière
Elle a lieu dans les salles des cinémas parisiens suivie d’une discussion animée par l’équipe. La sortie mensuelle représente l’ossature du projet qui commence en octobre 2021. Elle se fait de manière générale avec une cadence régulière tous les deuxièmes mardis du mois. Le public est choisi en non mixité lesbien et queer.
La ressortie
La sortie en salle de ciné avec un focus particulier sur les vieilles sorties et une discussion qui peut intégrer des éléments d’histoire du cinéma ou de regard critique sur notre passé audiovisuel. Nous essayons de reparcourir et de reconstruire notre propre histoire du cinéma.
L’originale
Les projections organisées par notre équipe en collaboration avec de tiers lieux. Elles sont de sorties ponctuelles avec de films que nous choisissons portant sur de thématiques variées. La discussion a lieu après la séance dans le même lieu et l’accès aux séances est normalement gratuit.
La conférence
De rencontres avec de professionnel.les du cinéma et de l’interprétation filmique engagée suivies d’un moment d’échange. Nous voulons rendre accessibles au public lesbien et queer des outils de réception critique qui ne soient pas biaisés par une verticalité normative.
Majeurs projets en cours
Instagram du Gouinéma
Le projet de communication et présence sur les réseaux socionumériques naît en concomitance avec le projet des sorties. La communication et la modération sur le compte Instagram se rendent des activités nécessaires de création de la communauté, communication et clarification des enjeux et du calendrier et d’exploration des possibilités du projet. Depuis 2024, une identité visuelle de l’association est créée, avec une charte graphique qui en rappelle les valeurs de partage communautaire, militantisme, autodidaxie.
Gouinéma x Yes We Camp
La collaboration avec l’Académie du Climat a commencé en juin 2023 lors d’une projection pendant le mois des fiertés. Les sorties ont une cadence moins régulière et se réalisent dans l’espace de projection et de bar de l’Académie du Climat. Le public du Gouinéma s’accompagne au public du projet associatif Yes We Camp et n’est pas choisi en non-mixité. Le film est choisi par l’équipe du Gouinéma en lien avec des sous-thématiques proposées par Yes We Camp. La projection est suivie d’une discussion animée par l’équipe suivant le format horizontal développé au cours des sorties classiques.
Le projet demande un échange régulier avec les interlocuteurs de l’Académie du Climat, le choix du film selon la thématique, la communication sur les médias sociaux et l’animation des séances et des discussions. Le projet propose des projections liées à des questions de écoféminisme et permet d’explorer les liens entre le féminisme, la culture lesbienne et queer et les problématiques environnamentales et écologiques. Le cinéma se révèle une voie d’expression, de problématisation de l’entrecroisement des axes en jeu.
Fais ton Gouinéma
Notre projet a une vocation d’horizontalité et est à but non lucratif. Nous aimerions que l’expérience de vision et de discussion collective se diffuse, mais nous ne sommes pas partout ! Des projets « fils » du Gouinéma commencent à se diffuser et montrent que reproduire dans d’autres villes une sortie est simple.
Avec « Fais ton Gouinéma » l’associâtion vise à s’ouvrir à une démarche participative de médiation culturelle supportée par le médias informatisés. Elle appelle les publics lesbiens et queer à l’organisation de sorties communautaires dans d’autres villes et d’autres contextes et partageant avec elleux les ressources et les outils élaborés au cours du projet.
Cadre théorique des projets
Sociologie du cinéma et de ses publics
Le cadre théorique prend l’élan de la sociologie du cinéma et de ses publics. Le cinéma nait, en France, comme art populaire à des visées éducatives des masses et de création communautaire. L’ »être ensemble » dans les salles s’interprète comme un moment de construction communautaire et identitaire. Nous nous interrogeons sur les modalités militantes de fréquenter les salles cinématographiques, pratiquées par les lesbiennes depuis la naissance du septième art. Le projet s’interroge sur les types de réception militante des œuvres cinématographiques, sur la portée politique de la fréquentation des salles, sur des questions de réception et de militantisme liées à la culture lesbienne.
La longue histoire du militantisme et des théorisations lesbiennes avec le cinéma est également une source d’inspiration militante et théorique des divers projets portés par l’association. Le cinéma occupe une place centrale dans la pensée militante lesbienne et queer, du mouvement du cinéma indépendant, du New Queer Cinema au Technologies of Gender de Teresa de Lauretis.
Réception créatrice et pédagogie horizontale
Le projet s’appuie sur une action de pédagogie horizontale élaborée à partir des « neufs leçons sur l’émancipation intellectuelle » contenues dans Le Maître ignorant de Jacques Rancière. La pédagogie concerne les pratiques de réception cinématographique des publics lesbiens et queer. La médiation culturelle proposée par le collectif tend vers sa propre disparition cherchant à mettre en place un dispositif d’échange et de discussion en mode « table ronde » où aucune hiérarchie délégitime un point de vue ou un parcours sémiotique d’interprétation du film. La perspective théorique s’inscrit dans le courant de la sociologie française de la réception et, notamment, sur la notion de réception créatrice.
Gouinéma prête attention, également, à la leçon des festivals de cinéma lesbien (Cineffable à Paris, Some Prefere Cake à Bologne, FéminGouin’Fest à Strasbourg, parmi d’autres) qui travaillent à la constitution d’une épistémologie lesbienne sur l’histoire du cinéma et d’un « partage du sensible » fabriquant le public lesbien. Dans cette perspective, l’être ensemble dans les salles de cinéma à regarder des films lesbiens est déjà, en soi, un acte politique et créateur de communauté. Sur le modèle du « double détournement » de la Lettre à un critique sévère de Gilles Deleuze, la réception est, en ce sens, créatrice de l’œuvre et de la communauté de spectateurices. La « lecture forte » d’une œuvre est capable de concevoir, en même temps, une nouvelle œuvre et une nouvelle persona spectatrice.
Contacts
gouinemaclub@gmail.com

