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  • Liste numérique, notice Publictionnaire

    Je suis ravix de contribuer au très beau projet « Publictionnaire, dictionnaire encyclopédique et critique des publics » avec une notice sur la « liste numérique ». C’est aussi l’occasion de parler des recherches qui m’ont occupéx pendant la thèse à un public un peu plus large ! Voici le texte de la notice :

    Liste numérique

    Listes d’amis ou d’amies sur les médias sociaux, rubriques des smartphones, menus déroulants, listes de diffusion, paniers des sites e-commerce : la production surabondante de listes au sein des médias informatisés devient de plus en plus évidente. Pour définir la liste numérique il est d’abord nécessaire de saisir l’écriture des médias informatisés, c’est-à-dire le milieu d’écriture où ces listes s’établissent. Yves Jeanneret (1951-2020 ; 2011 : 91) définit les médias informatisés comme des « dispositifs permettant les échanges signifiants entre les [humains] et conditionnant d’une certaine façon la forme de ces échanges ». Cette dimension informatique, qui conditionne la forme des échanges, doit se comprendre au sens technique et social : ces médias ne sont pas de simples outils neutres de traitement de l’information, mais des objets qui organisent socialement l’écriture, la publication et la circulation des textes. Ils ont surtout la particularité de mettre par écrit, et donc d’« instrumenter » par l’informatique, un grand nombre de pratiques sociales qui ne l’étaient pas. En fait, le numérique participe de manière spécifique au processus historique de codification des pratiques sociales, porté par la scripturalisation (Certeau, 1980). Prenons l’exemple de la pratique consistant à faire ses courses : pour acheter quelque chose, nous pouvons nous faire guider par des codifications différentes : la disposition des objets sur un étal de marché, les allées qui structurent notre parcours d’achat dans un supermarché, une liste de courses écrite sur papier qui nous rappelle les produits dont nous avons besoin, ou une suite de pages d’écran qui nous permettent d’établir une liste de produits à commander.

    Ainsi les publics des médias informatisés passent-ils par des opérations d’écriture et de lecture qui rythment leur relation humain-machine. Il devient nécessaire d’interroger les formes d’écriture numériques, de sonder la façon dont la liste conditionne la forme de nos échanges et instrumente nos pratiques numériques, telle que faire ses courses en ligne en ajoutant des items à un panier d’achat d’un site marchand. Cela signifie aussi questionner le rapport que la liste entretien avec ses publics, à savoir la capacité de la forme à supporter le développement d’une agentivité (Badir et Castellani, 2025), comprise comme une capacité ou un pouvoir d’action, ainsi que d’une compétence d’écriture et lecture en milieu numérique. Ce qu’on peut faire avec une liste et les modes de s’en servir connaissent une évolution intermédiatique, ainsi que des mutations dues à l’informatisation de l’écriture. Pour répondre à ces questions, on commence par une définition de la liste ; puis on présente ce qu’il est possible faire avec une liste pour parcourir ensuite quelles capacités spécifiques la liste développe en milieu numérique avec un approfondissement final qui porte sur son agentivité participative.

    Qu’est-ce qu’une liste ?

    Depuis ses premières conceptualisations, la liste se nourrit d’une double théorisation anthropologique et linguistique. Les études de Jack Goody (1919-2015 ; 1977) et de Philippe Hamon (1993) notamment l’associent à un régime d’écriture pratique de l’ordre du faire. Cela à l’intérieur d’un milieu où les technologies d’écriture structurent des connaissances et des sociétés. La liste serait une des manifestations élémentaires des technologies de l’intellect, apparues dans les civilisations anciennes avec la naissance de l’écriture. L’avènement de la raison graphique, résultant de l’objectivation de la pensée sur un support d’inscription qui donne vie à l’écriture, enrichit d’un équipement inédit l’intelligence humaine. Pour une correspondance entre moyens de communication et aptitudes intellectuelles, entre connaissance et support, l’écriture transforme de manière profonde les sociétés où elle s’introduit. Depuis l’invention de l’écriture et d’autant plus de l’imprimerie, on a toujours beaucoup établi des listes : qu’il s’agisse « de dictionnaires, d’annuaires, de modes d’emploi, de guides de voyage ou de livres de cuisine, elle est une forme nettement plus représentée (et sinon plus lue, du moins plus consultée) que la forme narrative » (Turin, 2013 : 1).

    Du papyrus à l’hypertexte (Vandendorpe, 1999), la liste fait preuve d’une évolution de ses configurations, propriétés et emplois tout en rendant possible une définition univoque de sa forme « techno-logique » (Stiegler, 2005). Une technologie d’écriture, telle que la liste, déploie ses fonctionnalités en raison de la disposition particulière de ses parties, d’« un certain agencement matériel, une certaine disposition spatiale » (Goody, 1978 : 150). La forme techno-logique de la liste se compose d’une suite linéaire d’items, souvent accompagnée d’un titre et d’un indicateur de clôture (un point ou, dans le cas des points de suspension ou du syntagme « etc. » d’une clôture ouverte). Explicite ou implicite, le titre indique le principe organisateur qui guide la constitution de la liste. Il représente le « déterminant qui situe les articles dans une catégorie lexicale particulière » (Goody, 1978 : 154). La suite d’items constitue le corps de la liste, le regroupement des éléments que la technologie d’écriture discrétise et recontextualise. Les relations qui se tissent parmi les items de la liste révèlent que la forme est d’abord un geste de mise en rapport. L’item n’est donc pas seulement un objet, mais une sélection de caractéristiques de l’objet, la nature de la liste étant surtout nominale. L’etc. désigne la limite de la liste et il est l’opérateur graphique de son mouvement ou de sa réécriture. D’ailleurs, des listes peuvent être exhaustives, complètes, d’autres non, comme le montre la différence entre les œuvres complètes (liste exhaustive) et l’anthologie (liste non exhaustive) dans les emplois éditoriaux (Bohnert et Gevrey, 2014 : 477).

    En outre, chaque forme d’écriture articule des composantes formelles et résulte d’un nombre d’opérations graphiques ou de « manipulations formelles » (Goody, 1978) qui sont à la base de sa production spécifique de textes et de sens. La liste se forme par le travail d’une pratique séquentielle de juxtaposition linéaire discontinue d’éléments graphiques équivalents (Sève, 2010). Les opérations formelles de sélection, qualification, enregistrement, répétition et juxtaposition indiquent la capacité de la liste, nous rapprochent d’une discussion sur son pouvoir d’action. La sélection consiste en un choix binaire d’inclusion ou exclusion d’éléments à un ensemble guidé par un ou des critères précis. La sélection réalise un triage de l’information, une ligne de démarcation tracée au sein du réel entre unités incluses et exclues. Elle implique que chaque liste en contient en réalité deux : la liste établie des éléments inclus et la liste, implicite des éléments exclus ou à inclure éventuellement (Sève, 2010). La qualification indique l’attribution d’une qualité, d’un titre à une unité sélectionnée. En deçà des effets de toute qualification, l’inclusion dans une liste peut avoir une acception positive, dans les cas des listes des titres nobiliaires qui distinguent des autres des personnalités de haut lignage ou des listes impliquées dans le processus de patrimonialisation, ou négative, dans le cas des black lists. Les items inclus dans une liste présentent une même qualité et, en ce sens, s’équivalent sur le plan formel. L’enregistrement, c’est-à-dire l’inscription sur un support écrit, oblige à la discrétisation des flux langagiers. Cette opération rappelle que la technologie de l’intellect est par nature mnémotechnique, parce qu’elle permet la mémorisation, au prix d’un encodage formel déterminé. Ainsi la liste assure-t-elle le stockage de l’information. La répétition scande l’ensemble des procédés graphiques de la mise en liste et lui donne sa configuration particulière en suite d’items. La mise en liste étant fondamentalement une opération séquentielle, la répétition indique un mouvement de mise en séquence typique des pratiques séquentielles, de sériation, lui permettant d’accomplir les diverses opérations quantitatives d’énumération et d’accumulation (ibid. : 22). La juxtaposition indique une opération graphique de disposition d’unités distinctes côte à côte, l’une près de l’autre, ou d’ordonnancement linéaire discontinu. Cette discontinuité confère à la liste sa réputation a-narrative ou anti-narrative. La liste est agrammaticale pour la séparation qu’elle impose à ses éléments comme modalité de mise en relation (Hamon, 1993).

    Que peut-on faire avec une liste ?

    Au sens de J. Goody (1970) la « littératie » concerne l’accès, la maîtrise et l’implication des multitudes dans l’organisation et la production du savoir au sein d’un régime d’écriture déterminé. Les listes numériques demandent aux publics de déployer des compétences d’écriture et de lecture adaptées à des médias informatisés. Centrée autour d’une forme d’écriture, la littératie est alors l’élaboration d’une pratique et d’une expertise dans son emploi. Elle concerne la connaissance et l’action située de la part des publics. Nous intéresse ici le fait que ces pratiques d’écriture ont des effets aussi sur le développement de la technologie elle-même. Une technologie de l’intellect se définit en relation à la multiplicité des autres formes avec lesquelles elle se « branche » (Levy, 1990) et à la suite des interprétations de sens, et d’emploi, de chaque usager ou usagère qui s’en approprie dans un environnement spécifique. Ce qu’on peut accomplir avec une liste se définit en lien avec la matérialité de la technologie d’écriture. Une liste développe des applications d’emploi diverses, selon son support d’inscription, qu’il soit graphique (papier, paperasse), ou numérique. Une technologie de l’intellect se définit aussi en lien avec les communautés d’interprétation qui la détournent, qui l’emploient au quotidien de manière créative et innovante, en référence aux « arts de faire » de Michel de Certeau (1925-1986) et à la sociologie française de la réception créatrice. Les capacités que les technologies d’écriture déploient, au sein des médias informatisés qui intègrent des démarches participatives notamment, telles les plateformes numériques, se situent au centre de la capacitation des publics et de l’innovation par les usages des dispositifs. 

    La liste fait preuve d’une agentivité importante tout au long de son histoire intermédiatique, qui raconte la succession des milieux techniques d’écriture (graphique, imprimerie et informatique). Elle agit sur la systématisation de la langue elle-même (alphabet, dictionnaires), sur l’organisation des sociétés et des connaissances (listes de noms, encyclopédies), sur leur retransmission (anthologies, listes lexicales) et elle configure les activités des publics ordinaires (liste des courses) et de participation citoyenne (liste électorale). Parmi les pouvoirs d’action les plus représentatifs des listes de l’Histoire, qui exhibent ses fonctions sociopolitiques, à partir de la vaste littérature produite sur ce sujet, se trouvent : la description, l’énumération, la hiérarchisation, la prescription, l’inscription, la ponctuation, la distribution et la gestion du nombre (De Togni, 2025 : 46).

    La description est l’une des capacités les plus exploitées de la liste et sert surtout à définir et à caractériser. En lien avec la conscience paradigmatique associée au régime descriptif de l’écriture, la description renvoie au principe de la classification, des taxinomies, de l’organisation des connaissances par catégories. « Ranger des mots (ou des « choses”) dans une liste, c’est en soi déjà une façon de classer, de définir « champ sémantique » » (Goody, 1978 : 184). La catégorisation est, notamment, une matrice de domination dans l’exercice du pouvoir (Jahjah et Saurier, 2024) : le pouvoir de description de certains avatars de liste modifie les espaces sociaux construisant de normes de qualification et disqualification. Travaillée par la liste, la description déploie une double fonction de connaissance de l’objet et de définition de soi : « [U]ne liste aussi usuelle que la bibliographie de fin d’ouvrage permet à la fois de référencer des sources et d’exhiber la somme des connaissances digérées par l’auteur » (Landrin, 2013 : 4). En ce sens, elle fournit une caractérisation de l’auteur ou autrice de l’ouvrage.

    Ce que le numérique fait aux listes

    La liste apparaît comme l’une des figures centrales de l’écriture informatisée, c’est-à-dire transposée sur un support informatique d’écriture et de lecture telle l’interface du smartphone ou d’un ordinateur. C’est précisément dans le sens d’une écriture pratique que la liste intègre les formes d’écriture numérique à trois niveaux : à la hauteur du code comme une forme de structuration du code informatique, au niveau des interfaces comme une sémiotisation à l’écran de l’organisation des données et des possibilités de les manipuler, au niveau de l’organisation collective des opérations de conservation et médiation des informations entre usagers et usagères.

    En milieu numérique d’écriture, les composantes de la liste, tout comme les opérations formelles d’ordre graphique qui l’animent, se confrontent à des textualités nouvelles : le paratexte, l’architexte qui dérivent de la nature éditoriale du numérique, l’hypertexte qui en exprime la dimension collective et le programme qui découle du travail algorithmique. Ce sont des textualités qui décrivent la spécificité de l’écriture numérique et les métamorphoses des formes ou technologies d’écriture qui s’y inscrivent. À l’écriture numérique participe l’écriture éditoriale, soit le texte qui permet et accompagne les opérations d’écriture et de lecture au sein des médias informatisés. Elle représente « une série d’énoncés linguistiques [et non linguistiques], effectuée par l’éditeur d’un site, et encadrant la production discursive » (Candel, 2007 : 34). Les formes qui peuplent les écrans informatiques structurent notre activité d’écriture, elles donnent du sens à l’activité à l’écran en traduisant des formes sociales reconnues et dictent une procédure à suivre pour les manipuler. Prenons l’exemple d’une liste numérique tel que le catalogue d’une bibliothèque que l’on peut alimenter de manière collaborative en ligne : dans un catalogue socionumérique, la métaphore de l’encyclopédie, d’une part, renvoie au souci de rigueur et d’exhaustivité scientifique de l’activité documentaire ; d’autre part, des éléments écrits qui décident de la nature des données à inscrire et de leur organisation au sein du catalogue précèdent et prescrivent sa compilation.

    Ensuite, l’écriture numérique s’épanouit dans les dimensions du réseau et de la collectivité. L’« hyperliste » (Sève, 2010), la liste en réseau, que nous trouvons sur les écrans informatiques, désignerait une technologie d’écriture qui scripturalise une intelligence collective, c’est-à-dire l’ouverture de la liste vers une écriture collective. Le menu d’un site est un exemple de liste en réseau, elle rassemble et organise un réseau de pages dans un site. Matérialisé et activable, le lien hypertexte favorise la construction des arborescences des sites et des menus de navigation. Autrement dit il introduit de modalités d’écriture et de lecture des pages d’écran novatrices. L’hyperliste se lierait ainsi à une organisation et à une architecture textuelles. Les listes d’index, les listes d’hyperliens, répondent à des besoins d’organisation et de gestion des contenus, mais incarnent aussi des gestes architecturaux et de design de l’expérience d’usage exploitant le plaisir esthétique des listes suggéré par Umberto Eco (1932-1916 ; 2009) pour en capter l’attention. Dans les médias informatisés, avec le développement des pratiques de marque page social notamment, les usagers et usagères sont en mesure de contribuer à la construction des parcours de navigation d’un site. En sont un exemple les bibliothèques personnelles, enrichies de listes de lecture ou de listes d’envie, qui se trouvent dans les sites web de critique culturelle amateure tel Goodreads ou Babelio.

    Figure 1. Liste de lecture de la plateforme Babelio. Source : babelio.com

    Enfin, le numérique est une écriture éminemment opératoire suivant la logique du code et produisant de manière processuelle sa signification (Bachimont, 2010). La nature processuelle de ce type de textualité algorithmique dépend de la nature informatique des médias d’inscription. Par exemple, le logiciel de gestion documentaire Zotero engendre de listes informatisées de références bibliographiques. À la différence des bibliographies de l’imprimé, les listes produites par ce logiciel sont des recompositions de fragments discrétisés d’indexation. Cette différence concerne le passage d’un système documentaire traditionnel vers l’éditorialisation des documents propre au numérique (Vitali-Rosati, 2016). À la différence des documents traditionnels qui associent support de présentation et de consultation pour produire de la signification, le document numérique subit une double coupure, sémantique et matérielle, qui indique un aspect de scission et de fragmentation propre à l’activité éditoriale et à la production informatisée de contenus. Les listes algorithmiques de recommandation culturelle, qui se trouvent sur les sites de critique ou sur les plateformes de vidéo à la demande, sont des listes dynamiques qui se réactualisent suivant l’activité des usagers et usagères. 

    La capacité participative de la liste

    Ainsi le pouvoir d’action de la liste évolue-t-il au cours de sa vie sociale. En milieu numérique, cette technologie d’écriture tisse des liens étroits avec dans les pratiques participatives en ligne. De fait, la liste présente un grand nombre d’incidences avec les pratiques participatives depuis ses origines, le numérique ne fait que relever cette dimension sociale particulière de la liste, au moment où elle se s’emploie comme une technologie de participation. À côté des effets d’organisation des connaissances et des sociétés revendiquées par J. Goody et par les études info-communicationnelles, la liste porte en elle, dans son design, dans sa pragmatique, une agentivité participative. Autrement dit, elle montre une proximité avec la gestion de la pluralité et la mise en relation procédurale des éléments qu’elle constitue en items. En ce sens, la liste sert d’appui à la constitution de la pratique sociopolitique de la participation qui se scripturalise sur les médias informatisés. Tel est le cas des plateformes numériques qui sont des dispositifs d’écriture éminemment relationnels. La liste s’y montre comme une forme générative des activités collectives.

    Avant de se transposer en milieu numérique d’écriture, cette technologie intellectuelle se trouve au centre d’un processus d’objectivation, au sens de « devenir objet, » des pratiques de participation. L’anthropologue de la participation Christopher Kelty (2019) parle à ce propos de « toolmaking » c’est-à-dire la pratique de la participation outillée qui parait dans les années 1990 et qui constitue l’ossature des plateformes d’aujourd’hui. Dans cette modalité particulière de participation, les publics sont invités à intégrer des processus de participation à l’aide de boîtes à outils, complètes d’objets et de leurs instructions d’usage. Des listes d’instructions, de tâches à accomplir, d’objets contenus dans la boîte, de participants, etc. y figurent aussi. Facilement reproductibles, ces objets rendent les processus de participation exportables à une plus grande échelle et les standardisent. Ce toolkit comprend les outils matériels de participation aussi bien que la dimension de leur socialisation, comprise comme essentielle à leur développement. Il fait le pont entre la standardisation des pratiques et des écritures et les créativités nouvelles portées par la spécialisation fonctionnelle des usagers et usagères qui s’approprient de l’outil. En d’autres termes, c’est par le développement de capacités nouvelles de la liste que les usagers participent à l’innovation technique des dispositifs d’écriture, un processus qui opère à une échelle de plus en plus globale et transmissible.

    Au sein des plateformes, la liste exhibe un nombre d’emplois participatifs en opérant une intermédiation des processus d’écriture participative. Ces dispositifs font de plus en plus recours à des listes fonctionnelles qui interviennent, pour un nombre d’activités, dans l’organisation et la remédiation des publics. Dans des plateformes de critique culturelle telles que Babelio, des listes de lecteurs signifient la redistribution des rôles et la hiérarchisation des participants à la formulation collective du discours de recommandation culturelle selon un système d’« insignes » ou de badges qui récompensent les lecteurs et lectrices les plus productifs. D’autres listes s’appuient sur la scénarisation de la pratique du vote et se déclinent dans des véritables outils de production participative d’activité. Elles permettent une démarche plébiscitaire dans l’accomplissement d’opérations diverses, telle la hiérarchisation des éléments que nous consultons sur les interfaces des plateformes. En somme, de manière récursive, les listes organisent l’architecture d’onglets entiers et supportent et conditionnent, de manière diverse de plateforme en plateforme, la socialisation des listes comprises comme des formes triviales et appropriables dans leur entièreté.

    Conclusion

    La capacité participative de la liste peut aller à la rencontre d’enjeux démocratiques de construction du savoir et du design des plateformes, tout comme supporter l’exploitation marchande des activités des usagers et usagères. En effet, le vertige produit par la linéarité verticale de la liste, son injonction à l’ajout, son pouvoir prescriptif peuvent intégrer le design des plateformes capitalistes qui souhaitent conditionner, par les architextes des technologies d’écriture, l’activité des publics. La liste numérique ouvre ainsi des pistes d’analyse des publics numériques qui combinent innovation technique, participation et démocratie. L’étude d’une technologie d’écriture numérique touche non seulement à la question de sa conception mais aussi à son usage et de sa réception créatrice. Elle interroge la littératie et le pouvoir d’action des publicsnumériques, à savoir leur constitution autour d’une compétence d’écriture particulière ainsi que l’intégration plus ou moins transparente de leur activité au design des médias informatisés.

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