• Liste numérique, notice Publictionnaire

    Je suis ravix de contribuer au très beau projet « Publictionnaire, dictionnaire encyclopédique et critique des publics » avec une notice sur la « liste numérique ». C’est aussi l’occasion de parler des recherches qui m’ont occupéx pendant la thèse à un public un peu plus large ! Voici le texte de la notice :

    Liste numérique

    Listes d’amis ou d’amies sur les médias sociaux, rubriques des smartphones, menus déroulants, listes de diffusion, paniers des sites e-commerce : la production surabondante de listes au sein des médias informatisés devient de plus en plus évidente. Pour définir la liste numérique il est d’abord nécessaire de saisir l’écriture des médias informatisés, c’est-à-dire le milieu d’écriture où ces listes s’établissent. Yves Jeanneret (1951-2020 ; 2011 : 91) définit les médias informatisés comme des « dispositifs permettant les échanges signifiants entre les [humains] et conditionnant d’une certaine façon la forme de ces échanges ». Cette dimension informatique, qui conditionne la forme des échanges, doit se comprendre au sens technique et social : ces médias ne sont pas de simples outils neutres de traitement de l’information, mais des objets qui organisent socialement l’écriture, la publication et la circulation des textes. Ils ont surtout la particularité de mettre par écrit, et donc d’« instrumenter » par l’informatique, un grand nombre de pratiques sociales qui ne l’étaient pas. En fait, le numérique participe de manière spécifique au processus historique de codification des pratiques sociales, porté par la scripturalisation (Certeau, 1980). Prenons l’exemple de la pratique consistant à faire ses courses : pour acheter quelque chose, nous pouvons nous faire guider par des codifications différentes : la disposition des objets sur un étal de marché, les allées qui structurent notre parcours d’achat dans un supermarché, une liste de courses écrite sur papier qui nous rappelle les produits dont nous avons besoin, ou une suite de pages d’écran qui nous permettent d’établir une liste de produits à commander.

    Ainsi les publics des médias informatisés passent-ils par des opérations d’écriture et de lecture qui rythment leur relation humain-machine. Il devient nécessaire d’interroger les formes d’écriture numériques, de sonder la façon dont la liste conditionne la forme de nos échanges et instrumente nos pratiques numériques, telle que faire ses courses en ligne en ajoutant des items à un panier d’achat d’un site marchand. Cela signifie aussi questionner le rapport que la liste entretien avec ses publics, à savoir la capacité de la forme à supporter le développement d’une agentivité (Badir et Castellani, 2025), comprise comme une capacité ou un pouvoir d’action, ainsi que d’une compétence d’écriture et lecture en milieu numérique. Ce qu’on peut faire avec une liste et les modes de s’en servir connaissent une évolution intermédiatique, ainsi que des mutations dues à l’informatisation de l’écriture. Pour répondre à ces questions, on commence par une définition de la liste ; puis on présente ce qu’il est possible faire avec une liste pour parcourir ensuite quelles capacités spécifiques la liste développe en milieu numérique avec un approfondissement final qui porte sur son agentivité participative.

    Qu’est-ce qu’une liste ?

    Depuis ses premières conceptualisations, la liste se nourrit d’une double théorisation anthropologique et linguistique. Les études de Jack Goody (1919-2015 ; 1977) et de Philippe Hamon (1993) notamment l’associent à un régime d’écriture pratique de l’ordre du faire. Cela à l’intérieur d’un milieu où les technologies d’écriture structurent des connaissances et des sociétés. La liste serait une des manifestations élémentaires des technologies de l’intellect, apparues dans les civilisations anciennes avec la naissance de l’écriture. L’avènement de la raison graphique, résultant de l’objectivation de la pensée sur un support d’inscription qui donne vie à l’écriture, enrichit d’un équipement inédit l’intelligence humaine. Pour une correspondance entre moyens de communication et aptitudes intellectuelles, entre connaissance et support, l’écriture transforme de manière profonde les sociétés où elle s’introduit. Depuis l’invention de l’écriture et d’autant plus de l’imprimerie, on a toujours beaucoup établi des listes : qu’il s’agisse « de dictionnaires, d’annuaires, de modes d’emploi, de guides de voyage ou de livres de cuisine, elle est une forme nettement plus représentée (et sinon plus lue, du moins plus consultée) que la forme narrative » (Turin, 2013 : 1).

    Du papyrus à l’hypertexte (Vandendorpe, 1999), la liste fait preuve d’une évolution de ses configurations, propriétés et emplois tout en rendant possible une définition univoque de sa forme « techno-logique » (Stiegler, 2005). Une technologie d’écriture, telle que la liste, déploie ses fonctionnalités en raison de la disposition particulière de ses parties, d’« un certain agencement matériel, une certaine disposition spatiale » (Goody, 1978 : 150). La forme techno-logique de la liste se compose d’une suite linéaire d’items, souvent accompagnée d’un titre et d’un indicateur de clôture (un point ou, dans le cas des points de suspension ou du syntagme « etc. » d’une clôture ouverte). Explicite ou implicite, le titre indique le principe organisateur qui guide la constitution de la liste. Il représente le « déterminant qui situe les articles dans une catégorie lexicale particulière » (Goody, 1978 : 154). La suite d’items constitue le corps de la liste, le regroupement des éléments que la technologie d’écriture discrétise et recontextualise. Les relations qui se tissent parmi les items de la liste révèlent que la forme est d’abord un geste de mise en rapport. L’item n’est donc pas seulement un objet, mais une sélection de caractéristiques de l’objet, la nature de la liste étant surtout nominale. L’etc. désigne la limite de la liste et il est l’opérateur graphique de son mouvement ou de sa réécriture. D’ailleurs, des listes peuvent être exhaustives, complètes, d’autres non, comme le montre la différence entre les œuvres complètes (liste exhaustive) et l’anthologie (liste non exhaustive) dans les emplois éditoriaux (Bohnert et Gevrey, 2014 : 477).

    En outre, chaque forme d’écriture articule des composantes formelles et résulte d’un nombre d’opérations graphiques ou de « manipulations formelles » (Goody, 1978) qui sont à la base de sa production spécifique de textes et de sens. La liste se forme par le travail d’une pratique séquentielle de juxtaposition linéaire discontinue d’éléments graphiques équivalents (Sève, 2010). Les opérations formelles de sélection, qualification, enregistrement, répétition et juxtaposition indiquent la capacité de la liste, nous rapprochent d’une discussion sur son pouvoir d’action. La sélection consiste en un choix binaire d’inclusion ou exclusion d’éléments à un ensemble guidé par un ou des critères précis. La sélection réalise un triage de l’information, une ligne de démarcation tracée au sein du réel entre unités incluses et exclues. Elle implique que chaque liste en contient en réalité deux : la liste établie des éléments inclus et la liste, implicite des éléments exclus ou à inclure éventuellement (Sève, 2010). La qualification indique l’attribution d’une qualité, d’un titre à une unité sélectionnée. En deçà des effets de toute qualification, l’inclusion dans une liste peut avoir une acception positive, dans les cas des listes des titres nobiliaires qui distinguent des autres des personnalités de haut lignage ou des listes impliquées dans le processus de patrimonialisation, ou négative, dans le cas des black lists. Les items inclus dans une liste présentent une même qualité et, en ce sens, s’équivalent sur le plan formel. L’enregistrement, c’est-à-dire l’inscription sur un support écrit, oblige à la discrétisation des flux langagiers. Cette opération rappelle que la technologie de l’intellect est par nature mnémotechnique, parce qu’elle permet la mémorisation, au prix d’un encodage formel déterminé. Ainsi la liste assure-t-elle le stockage de l’information. La répétition scande l’ensemble des procédés graphiques de la mise en liste et lui donne sa configuration particulière en suite d’items. La mise en liste étant fondamentalement une opération séquentielle, la répétition indique un mouvement de mise en séquence typique des pratiques séquentielles, de sériation, lui permettant d’accomplir les diverses opérations quantitatives d’énumération et d’accumulation (ibid. : 22). La juxtaposition indique une opération graphique de disposition d’unités distinctes côte à côte, l’une près de l’autre, ou d’ordonnancement linéaire discontinu. Cette discontinuité confère à la liste sa réputation a-narrative ou anti-narrative. La liste est agrammaticale pour la séparation qu’elle impose à ses éléments comme modalité de mise en relation (Hamon, 1993).

    Que peut-on faire avec une liste ?

    Au sens de J. Goody (1970) la « littératie » concerne l’accès, la maîtrise et l’implication des multitudes dans l’organisation et la production du savoir au sein d’un régime d’écriture déterminé. Les listes numériques demandent aux publics de déployer des compétences d’écriture et de lecture adaptées à des médias informatisés. Centrée autour d’une forme d’écriture, la littératie est alors l’élaboration d’une pratique et d’une expertise dans son emploi. Elle concerne la connaissance et l’action située de la part des publics. Nous intéresse ici le fait que ces pratiques d’écriture ont des effets aussi sur le développement de la technologie elle-même. Une technologie de l’intellect se définit en relation à la multiplicité des autres formes avec lesquelles elle se « branche » (Levy, 1990) et à la suite des interprétations de sens, et d’emploi, de chaque usager ou usagère qui s’en approprie dans un environnement spécifique. Ce qu’on peut accomplir avec une liste se définit en lien avec la matérialité de la technologie d’écriture. Une liste développe des applications d’emploi diverses, selon son support d’inscription, qu’il soit graphique (papier, paperasse), ou numérique. Une technologie de l’intellect se définit aussi en lien avec les communautés d’interprétation qui la détournent, qui l’emploient au quotidien de manière créative et innovante, en référence aux « arts de faire » de Michel de Certeau (1925-1986) et à la sociologie française de la réception créatrice. Les capacités que les technologies d’écriture déploient, au sein des médias informatisés qui intègrent des démarches participatives notamment, telles les plateformes numériques, se situent au centre de la capacitation des publics et de l’innovation par les usages des dispositifs. 

    La liste fait preuve d’une agentivité importante tout au long de son histoire intermédiatique, qui raconte la succession des milieux techniques d’écriture (graphique, imprimerie et informatique). Elle agit sur la systématisation de la langue elle-même (alphabet, dictionnaires), sur l’organisation des sociétés et des connaissances (listes de noms, encyclopédies), sur leur retransmission (anthologies, listes lexicales) et elle configure les activités des publics ordinaires (liste des courses) et de participation citoyenne (liste électorale). Parmi les pouvoirs d’action les plus représentatifs des listes de l’Histoire, qui exhibent ses fonctions sociopolitiques, à partir de la vaste littérature produite sur ce sujet, se trouvent : la description, l’énumération, la hiérarchisation, la prescription, l’inscription, la ponctuation, la distribution et la gestion du nombre (De Togni, 2025 : 46).

    La description est l’une des capacités les plus exploitées de la liste et sert surtout à définir et à caractériser. En lien avec la conscience paradigmatique associée au régime descriptif de l’écriture, la description renvoie au principe de la classification, des taxinomies, de l’organisation des connaissances par catégories. « Ranger des mots (ou des « choses”) dans une liste, c’est en soi déjà une façon de classer, de définir « champ sémantique » » (Goody, 1978 : 184). La catégorisation est, notamment, une matrice de domination dans l’exercice du pouvoir (Jahjah et Saurier, 2024) : le pouvoir de description de certains avatars de liste modifie les espaces sociaux construisant de normes de qualification et disqualification. Travaillée par la liste, la description déploie une double fonction de connaissance de l’objet et de définition de soi : « [U]ne liste aussi usuelle que la bibliographie de fin d’ouvrage permet à la fois de référencer des sources et d’exhiber la somme des connaissances digérées par l’auteur » (Landrin, 2013 : 4). En ce sens, elle fournit une caractérisation de l’auteur ou autrice de l’ouvrage.

    Ce que le numérique fait aux listes

    La liste apparaît comme l’une des figures centrales de l’écriture informatisée, c’est-à-dire transposée sur un support informatique d’écriture et de lecture telle l’interface du smartphone ou d’un ordinateur. C’est précisément dans le sens d’une écriture pratique que la liste intègre les formes d’écriture numérique à trois niveaux : à la hauteur du code comme une forme de structuration du code informatique, au niveau des interfaces comme une sémiotisation à l’écran de l’organisation des données et des possibilités de les manipuler, au niveau de l’organisation collective des opérations de conservation et médiation des informations entre usagers et usagères.

    En milieu numérique d’écriture, les composantes de la liste, tout comme les opérations formelles d’ordre graphique qui l’animent, se confrontent à des textualités nouvelles : le paratexte, l’architexte qui dérivent de la nature éditoriale du numérique, l’hypertexte qui en exprime la dimension collective et le programme qui découle du travail algorithmique. Ce sont des textualités qui décrivent la spécificité de l’écriture numérique et les métamorphoses des formes ou technologies d’écriture qui s’y inscrivent. À l’écriture numérique participe l’écriture éditoriale, soit le texte qui permet et accompagne les opérations d’écriture et de lecture au sein des médias informatisés. Elle représente « une série d’énoncés linguistiques [et non linguistiques], effectuée par l’éditeur d’un site, et encadrant la production discursive » (Candel, 2007 : 34). Les formes qui peuplent les écrans informatiques structurent notre activité d’écriture, elles donnent du sens à l’activité à l’écran en traduisant des formes sociales reconnues et dictent une procédure à suivre pour les manipuler. Prenons l’exemple d’une liste numérique tel que le catalogue d’une bibliothèque que l’on peut alimenter de manière collaborative en ligne : dans un catalogue socionumérique, la métaphore de l’encyclopédie, d’une part, renvoie au souci de rigueur et d’exhaustivité scientifique de l’activité documentaire ; d’autre part, des éléments écrits qui décident de la nature des données à inscrire et de leur organisation au sein du catalogue précèdent et prescrivent sa compilation.

    Ensuite, l’écriture numérique s’épanouit dans les dimensions du réseau et de la collectivité. L’« hyperliste » (Sève, 2010), la liste en réseau, que nous trouvons sur les écrans informatiques, désignerait une technologie d’écriture qui scripturalise une intelligence collective, c’est-à-dire l’ouverture de la liste vers une écriture collective. Le menu d’un site est un exemple de liste en réseau, elle rassemble et organise un réseau de pages dans un site. Matérialisé et activable, le lien hypertexte favorise la construction des arborescences des sites et des menus de navigation. Autrement dit il introduit de modalités d’écriture et de lecture des pages d’écran novatrices. L’hyperliste se lierait ainsi à une organisation et à une architecture textuelles. Les listes d’index, les listes d’hyperliens, répondent à des besoins d’organisation et de gestion des contenus, mais incarnent aussi des gestes architecturaux et de design de l’expérience d’usage exploitant le plaisir esthétique des listes suggéré par Umberto Eco (1932-1916 ; 2009) pour en capter l’attention. Dans les médias informatisés, avec le développement des pratiques de marque page social notamment, les usagers et usagères sont en mesure de contribuer à la construction des parcours de navigation d’un site. En sont un exemple les bibliothèques personnelles, enrichies de listes de lecture ou de listes d’envie, qui se trouvent dans les sites web de critique culturelle amateure tel Goodreads ou Babelio.

    Figure 1. Liste de lecture de la plateforme Babelio. Source : babelio.com

    Enfin, le numérique est une écriture éminemment opératoire suivant la logique du code et produisant de manière processuelle sa signification (Bachimont, 2010). La nature processuelle de ce type de textualité algorithmique dépend de la nature informatique des médias d’inscription. Par exemple, le logiciel de gestion documentaire Zotero engendre de listes informatisées de références bibliographiques. À la différence des bibliographies de l’imprimé, les listes produites par ce logiciel sont des recompositions de fragments discrétisés d’indexation. Cette différence concerne le passage d’un système documentaire traditionnel vers l’éditorialisation des documents propre au numérique (Vitali-Rosati, 2016). À la différence des documents traditionnels qui associent support de présentation et de consultation pour produire de la signification, le document numérique subit une double coupure, sémantique et matérielle, qui indique un aspect de scission et de fragmentation propre à l’activité éditoriale et à la production informatisée de contenus. Les listes algorithmiques de recommandation culturelle, qui se trouvent sur les sites de critique ou sur les plateformes de vidéo à la demande, sont des listes dynamiques qui se réactualisent suivant l’activité des usagers et usagères. 

    La capacité participative de la liste

    Ainsi le pouvoir d’action de la liste évolue-t-il au cours de sa vie sociale. En milieu numérique, cette technologie d’écriture tisse des liens étroits avec dans les pratiques participatives en ligne. De fait, la liste présente un grand nombre d’incidences avec les pratiques participatives depuis ses origines, le numérique ne fait que relever cette dimension sociale particulière de la liste, au moment où elle se s’emploie comme une technologie de participation. À côté des effets d’organisation des connaissances et des sociétés revendiquées par J. Goody et par les études info-communicationnelles, la liste porte en elle, dans son design, dans sa pragmatique, une agentivité participative. Autrement dit, elle montre une proximité avec la gestion de la pluralité et la mise en relation procédurale des éléments qu’elle constitue en items. En ce sens, la liste sert d’appui à la constitution de la pratique sociopolitique de la participation qui se scripturalise sur les médias informatisés. Tel est le cas des plateformes numériques qui sont des dispositifs d’écriture éminemment relationnels. La liste s’y montre comme une forme générative des activités collectives.

    Avant de se transposer en milieu numérique d’écriture, cette technologie intellectuelle se trouve au centre d’un processus d’objectivation, au sens de « devenir objet, » des pratiques de participation. L’anthropologue de la participation Christopher Kelty (2019) parle à ce propos de « toolmaking » c’est-à-dire la pratique de la participation outillée qui parait dans les années 1990 et qui constitue l’ossature des plateformes d’aujourd’hui. Dans cette modalité particulière de participation, les publics sont invités à intégrer des processus de participation à l’aide de boîtes à outils, complètes d’objets et de leurs instructions d’usage. Des listes d’instructions, de tâches à accomplir, d’objets contenus dans la boîte, de participants, etc. y figurent aussi. Facilement reproductibles, ces objets rendent les processus de participation exportables à une plus grande échelle et les standardisent. Ce toolkit comprend les outils matériels de participation aussi bien que la dimension de leur socialisation, comprise comme essentielle à leur développement. Il fait le pont entre la standardisation des pratiques et des écritures et les créativités nouvelles portées par la spécialisation fonctionnelle des usagers et usagères qui s’approprient de l’outil. En d’autres termes, c’est par le développement de capacités nouvelles de la liste que les usagers participent à l’innovation technique des dispositifs d’écriture, un processus qui opère à une échelle de plus en plus globale et transmissible.

    Au sein des plateformes, la liste exhibe un nombre d’emplois participatifs en opérant une intermédiation des processus d’écriture participative. Ces dispositifs font de plus en plus recours à des listes fonctionnelles qui interviennent, pour un nombre d’activités, dans l’organisation et la remédiation des publics. Dans des plateformes de critique culturelle telles que Babelio, des listes de lecteurs signifient la redistribution des rôles et la hiérarchisation des participants à la formulation collective du discours de recommandation culturelle selon un système d’« insignes » ou de badges qui récompensent les lecteurs et lectrices les plus productifs. D’autres listes s’appuient sur la scénarisation de la pratique du vote et se déclinent dans des véritables outils de production participative d’activité. Elles permettent une démarche plébiscitaire dans l’accomplissement d’opérations diverses, telle la hiérarchisation des éléments que nous consultons sur les interfaces des plateformes. En somme, de manière récursive, les listes organisent l’architecture d’onglets entiers et supportent et conditionnent, de manière diverse de plateforme en plateforme, la socialisation des listes comprises comme des formes triviales et appropriables dans leur entièreté.

    Conclusion

    La capacité participative de la liste peut aller à la rencontre d’enjeux démocratiques de construction du savoir et du design des plateformes, tout comme supporter l’exploitation marchande des activités des usagers et usagères. En effet, le vertige produit par la linéarité verticale de la liste, son injonction à l’ajout, son pouvoir prescriptif peuvent intégrer le design des plateformes capitalistes qui souhaitent conditionner, par les architextes des technologies d’écriture, l’activité des publics. La liste numérique ouvre ainsi des pistes d’analyse des publics numériques qui combinent innovation technique, participation et démocratie. L’étude d’une technologie d’écriture numérique touche non seulement à la question de sa conception mais aussi à son usage et de sa réception créatrice. Elle interroge la littératie et le pouvoir d’action des publicsnumériques, à savoir leur constitution autour d’une compétence d’écriture particulière ainsi que l’intégration plus ou moins transparente de leur activité au design des médias informatisés.

    Bibliographie

    Bachimont B., 2010, Le Sens de la technique. Le numérique et le calcul, Paris, Les Belles lettres.

    Badir S., Catellani A., dirs, 2025, L’Agency des objets médiatiques. L’apport des SIC à la sémiotique (vol. 1), Louvain-la-Neuve, Academia.

    Bohner C., Gevrey F., dirs, 2014, LAnthologie: histoire et enjeux dune forme éditoriale du Moyen Âge au XXIe siècle, Reims, Éditions et presses universitaires de Reims.

    Candel É., 2007, Autoriser une pratique, légitimer une écriture, composer une culture : les conditions de possibilité dune critique littéraire participative sur Internet : étude éditoriale de six sites amateurs, thèse en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 4.

    Certeau M. de, 1980, LInvention du quotidien. I, Arts de faire, Paris, Gallimard.

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    Jeanneret Y., 2011, Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ?, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion.

    Kelty C., 2019, The Participant: A Century of Participation in Four Stories, Chicago (Ill.), The University of Chicago press.

    Landrin X., 2013, « Le travail de la liste », Acta fabula, 4. Accès : https://doi.org/10.58282/acta.7866. Consulté le 17 juillet 2026.

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    Stiegler B., 2006, Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme industriel, Paris, Flammarion.

    Turin G., 2013, « Actualité de la liste », Acta Fabula, 14. Accès : https://doi.org/10.58282/acta.7864. Consulté le 17 juillet 2026.

    Vandendorpe C., 1999, Du papyrus à lhypertexte. Essai sur les mutations du texte et de la lecture, Paris, Éd. La Découverte.

    Vitali-Rosati M., 2016, « Pour une théorie de l’éditorialisation », Humanités numériques, 1. Accès :https://doi.org/10.4000/revuehn.371. Consulté le 17 juillet 2026.

  • Intervention au séminaire du groupe E4C

    Je suis ravix de présenter avec Claire Le Renard (LATTS) les travaux en cours sur la médiatisation de la sobriété énergétique. Le séminaire sur « L’écologisation des consommations comme pratique collective » aura le lieu le vendredi 25 septembre 2026 14h-16h30 (accueil café à 13h30) à l’espace Léonard, 6 Pl. du Colonel Bourgoin, 75012 Paris. Il est organisé par les membres de la RA4 (Research Action sur l’action individuelle et collective pour l’énergie) au sein du Centre interdisciplinaire Energy4Cimate de l’Institut Polytechnique de Paris.  

    Les intervenants et intervenantes :

    • Ivaylo Petev (CREST), La conversion écologique des Français (titre provisoire)
    • Claire Le Renard (LATTS), avec Irene De Togni (LATTS) : « La dimension collective du « plan de sobriété énergétique » de 2022-23 : communication publique et participation matérielle » (« The collective dimension of the 2022-2023 French ‘energy sufficiency plan’ : public communication and material participation »)
    • Marion Leroutier (CREST), avec Ondine Berland (LSE): « Les différences d’empreinte carbone selon la dimension de genre : mesure, déterminants et implications » (« The Gender Gap in Carbon Footprints: Determinants and Implications »)

    Nous présenterons une publication en cours autour du minimalisme et des pratiques corporelles soustractives :

    Résumé

    Cet article analyse le plan de sobriété énergétique français de 2022-23 comme un moment extraordinaire de « minimalisme de masse », support à un changement notable de pratiques énergétiques. Combinant enquête sociologique et analyse de la communication publique, il examine une politique publique qui a visé la réduction du niveau de chauffage des bâtiments et qui a mobilisé les corps des citoyen·ne·s, entre pratiques vestimentaires et gestes quotidiens. L’enquête qualitative révèle une réception positive des pratiques soustractives, valorisées comme capacité à « faire attention » et responsabilité collective, indépendamment des convictions écologiques. L’analyse sémiotique d’un corpus de presse et de vidéos YouTube montre que la communication gouvernementale a mis en scène les corps ministériels pour déplacer la norme statique du confort thermique, et a fait du « petit geste » une synecdoque politique du corps citoyen pour l’inviter à la participation. En mobilisant les théories des pratiques sociales et de la participation matérielle, nous concluons que ce déplacement dépasse les comportements individuels pour engager des pratiques, définies comme des agencements de compétences, de significations et de matérialités. La conclusion interroge les facteurs qui ont permis une réception favorable de cette politique environnementale.

    Mots-clés

    sobriété énergétique, participation matérielle, communication publique, corps, changement des pratiques

  • Proposition d’une rhétorique numérique : littératie et affordances des listes de la plateforme MUBI

    Je vous partage avec enthousiasme ma dernière publication intitulée « Proposition d’une rhétorique numérique : littératie et affordances des listes de la plateforme MUBI », en anglais « Proposal for a Digital Rhetoric: Literacy and The Affordances of Lists on the MUBI Streaming Platform« . L’article est paru dans le numéro 66 de la revue Études de communication, aux pages 249-268.

    Résumé

    Tiré d’un travail de thèse, cet article propose d’abord un cadre d’analyse rhétoriques des formes des médias informatisés qui combine diverses approches infocommunicationnelles de l’écriture numérique : la sémiologie des écrits d’écran, l’architecture de l’information, la raison computationnelle et les études sur la participation numérique. L’article se propose ensuite de mettre en évidence des textualités nouvelles portées par le passage de la raison graphique à l’écriture numérique qui représentent des terrains à arpenter par l’agentivité des formes rhétoriques. Il présente enfin le cas d’étude des listes de la plateforme de service streaming à la demande MUBI. Investies par des dynamiques plurielles de conception et d’appropriation, ces listes structurent, procéduralisent, architecturent et pluralisent les pratiques à l’écran.

    Mots-clés

    rhétorique numérique, liste, écriture numérique, affordance, méthodologie

    Abstract

    Based on doctoral research, this article proposes a rhetorical framework for analyzing computerized media forms, using a variety of information communication approaches to digital writing: the semiology of screen-based texts, information architecture, computational reasoning, and digital participation studies. We highlight new textualities emerging from the transition from graphic reason to digital writing, which can be explored from the perspective of rhetorical agency. As a case study we present results of our analysis of lists on the on-demand streaming platform MUBI. Shaped by dynamics of design and appropriation, these lists structure, proceduralize, architect, and pluralize on-screen practices.

    Keywords

    digital rhetoric, list, digital writing, affordance, methodology

  • Participation au colloque « écologie-et-rsn »

    Je suis ravie de participer au colloque « Environnement et écologie sur les réseaux socionumériques : récits, acteurs et dynamiques » qui se tiendra le 3 et 4 décembre 2026 à l’Université Paul Valéry de Montpellier. Ma communication est intitulée « Rhétorique numérique de l’énergie : agentivité médiatique des réseaux socio-numériques dans le plan de sobriété énergétique de 2022-2023 ».

    Résumé

    Cette proposition de communication questionne les reconfigurations numériques au sein des médias sociaux du discours énergétique et notamment la dimension de l’agentivité (agency) des formes d’écriture numérique (Badir & Catellani, 2025). Elle s’inscrit dans l’Axe 3 Formats des contenus environnementaux et écologiques à l’ère des RSN. Elle porte sur le plan de sobriété énergétique de 2022 et sur la communication publique visant à la participation massive à une politique de réduction de consommation dans le contexte de la crise de l’énergie-climat de 2022-2023. Examinant la matérialité des supports d’inscription de la communication publique, elle s’intéresse aux modalités précises de médiatisation de la notion de sobriété énergétique au sein des médias sociaux dans un moment historique de nécessaire opérationnalisation des démarches soustractives.

    Le corpus d’analyse se compose de 31 vidéos issues de la plate-forme YouTube à partir de la requête « plan sobriété énergétique », en ciblant les années 2022 et 2023. Elle examine également les comptes utilisateurice et les écrits d’écran où ces vidéos s’inscrivent. L’analyse porte sur les supports et les formats de communication ainsi que sur les processus participatifs représentés et induits par les médias (Monnoyer-Smith & Wojcik, 2014). La méthodologie d’analyse sémio-rhétorique employée dérive de l’analyse pragmatique proposée par Bachimont et Bouchardon (2023) et prend en compte les agents sémiotiques qui mobilisent les formes rhétoriques, au niveau le plus superficiel des interfaces numériques, dans des actes communicationnels avec autrui. Elle s’applique aux formes d’écriture des interfaces des RSN pour déterminer leurs appropriations, leur affordances et leur pouvoir d’action. À partir de diverses théorisations de l’écriture numérique (Broudoux et al. 2015 ; Souchier et al., 2019 ; Vitali-Rosati, 2015), elle tient compte de la dimension éditoriale, architecturale, computationnelle et relationnelle des formes d’écriture de l’énergie en ligne.

    L’analyse vise à établir une typologie des formats numériques conçus pour encadrer et prescrire les actions d’économie d’énergie à plusieurs échelles du plan (entreprises, collectivités territoriales, individus) : des webinaires, des vidéos d’éducation financière, des shorts proposant des astuces pour économiser l’énergie ou des modes d’emploi des dispositifs de chauffage, des listes de conseils, etc. L’analyse fait également ressortir les dynamiques de circulation et de remédiationdes vidéos analysées et vise à construire une grammaire de la communication énergétique sur YouTube, dans une perspective diachronique sur la rhétorique des économies d’énergie (Damerose, 2026 ; Fedor, 2015).

    Mots-clés

    sobriété énergétique, rhétorique numérique, agentivité médiatique, YouTube, communication publique

    Bibliographie indicative

    Bachimont, B., & Bouchardon, S. (Dir.). (2023). Littératie et rhétorique numériques. Intelligibilité du numérique, 4https://doi.org/10.34745/numerev_1924

    Badir, S., & Catellani, A. (Dir.). (2025). L’agency des objets médiatiques. L’apport des SIC à la sémiotique (vol. 1). Academia.

    Broudoux, É., Chartron, G., & Chaudiron, S. (2013). L’architecture de l’information : quelle réalité conceptuelle ? Études de communication, 41, 13‑30.

    Damerose, Y., (2026). De la démesure à la commensuration : une sémiotique de l’énergie mesurée.  Actes Sémiotiques, (134). https://doi.org/10.25965/as.9316 

    Flipo, A. (2025). Ce que la sobriété veut dire : Pratiques et représentations de la sobriété en Europe. Lien social et Politiques, 93, 379‑398. https://doi.org/10.7202/1115804ar

    Fodor, F. (2015). Vers une société sobre : la rhétorique des économies d’énergie. Dans J. Cihuelo, A. Jobert & C. Grandclément (Dir.), Énergie et transformations sociales : Enquêtes sur les interfaces énergétiques (p. 201‑215). Lavoisier. https://doi.org/10.3917/lav.cihue.2015.01.0201

    Meissner, M. (2019). Against accumulation : Lifestyle minimalism, de-growth and the present post-ecological condition. Journal of Cultural Economy, 12(3), 185‑200. https://doi.org/10.1080/17530350.2019.1570962

    Monnoyer-Smith, L., & Wojcik, S. (2014). La participation politique en ligne, vers un renouvellement des problématiques ? Participations, 8(1), 5‑29.

    Souchier, E., Candel, É., Gomez-Mejia, G., & Jeanne-Perrier, V. (2019). Le numérique comme écriture : Théories et méthodes d’analyse. Armand Colin. https://doi.org/10.3917/arco.souch.2019.01

    Vitali-Rosati, M. (2020). Qu’est-ce que l’écriture numérique ? Corela, HS-33https://doi.org/10.4000/corela.11759

  • Listes et effets de liste sur les plateformes littéraires participatives

    Je suis ravix de vous partager ma dernière publication intitulée « Listes et effets de liste sur les plateformes littéraires participatives » et parue dans le numéro 97(1) de Hermès, La Revue, aux pages 215-221.

    Résumé

    Cet article questionne, à travers une analyse rhétorique du numérique, la mise en liste des pratiques de création, d’édition et de critique d’œuvres littéraires en ligne dans les sites Babelio, Livraddict, GoodReads, Wattpad et TYPE. Après avoir problématisé la liste comme une technologie d’écriture de la participation, présente trois ordres d’effets sur la littératie des usagers et usagères : la spécialisation autour d’un outil d’écriture, l’interopérabilité et le choix binaire scénarisé par le vote comme noyau de l’activité participative.

    Mots-clés

    Rhétorique numérique, écriture numérique, plateforme littéraire, liste, standardisation

  • Forma e fatica [Forme et fatigue]

    Je suis heureux de vous partager le texte intitulé « Forma e fatica [Forme et fatigue] » que j’ai eu le plaisir d’écrire pour participer à un projet de recherche-création autour des thèmes de la fatigue et de la création artistique. Le texte sera intégré à l’exposition de l’artiste plasticien Enea Toldo en collaboration avec la curatrice Sibilla Panzeri, le 18 juin 2026 au Lokal-int à Bienne en Suisse.

    Ce texte s’inscrit dans une démarche de recherche personnelle et de recherche-création que je mène depuis 2025 autour de numérique, écriture et épuisement. J’interroge les technologie d’écriture, les forme d’écriture en lien avec la fatigue et l’épuisement. Ces travaux mobilisent des approches de recherche en théorie littéraire, en esthétique, en anthropologie de l’écriture et de la technique et en sciences de l’information et de la communication. Cela à partir des recherches doctorales sur les formes d’écriture et leur pouvoir d’augmentation et de façonnement des pratiques sociales, et notamment à partir de la définition deleuzienne de l’épuisement comme machine de production textuelle dans l’écriture de Samuel Beckett. Je mène une réflexion autour des divers rapports créatifs entre formes d’écriture et les notions de fatigue / d’épuisement qui pourraient guider les pratiques artistiques : fatiguer les formes, les formes fatiguées, les formes infatigables, se fatiguer des formes, donner forme à la fatigue, la fatigue comme forme, les formes vues depuis la fatigue, la fatigue informe ou sans forme. J’ai eu l’occasion d’intervenir avec la communication « Une lecture de L’Épuisé de Gilles Deleuze, entre théorie de la littérature et écriture numérique », au séminaire interne au laboratoire DICEN-IdF de la thématique « Traces » portant sur le thème de l’épuisement, à Université Paris Nanterre.

    Pour l’instant, le texte existe dans la seule version italienne :

    Forma e fatica

    « Caro Enea,

    Ho pensato nei giorni scorsi a che forma dovesse prendere questo testo ed ho deciso di esprimermi nel modo che mi è più familiare, facendo parlare con la mia voce letture e vissuto. 

    Faccio una prima premessa: in questo mio interrogare la forma del testo si trova già in parte uno dei centri delle mie riflessioni e della mia ricerca. Mi interesso alle forme come a delle tecnologie che producono testo e senso insieme, tecnologie dell’intelletto, tecnologie grafiche, pensiero oggettivato e trascritto che diventa struttura e strumento del pensare stesso (ne parla fra altr* l’antropologia della scrittura di Jack Goody).

    Ora: che rapporto c’è fra la forma e la fatica ? Mi sento di articolare in questo modo la domanda all’origine del mio testo: il mio pensiero fisso sulla forma, la tua domanda su ciò di cui siamo stufi. Forse fra le due c’è lo stesso rapporto che esiste fra subire ed inventare di cui parli tu nella mail in cui mi proponi di partecipare a questo progetto. Un’alternativa si delinea fra rimanere schiacciat* dal masso sisifeo, da ciò di cui siamo stuf*, continuare a sopportare senza poter davvero fare altro o liberarcene. Questa alternativa si basa, mi sembra, soprattutto su un rapporto di disposizione nel doppio senso posturale, di postura, di fronte a questa domanda, di fronte al mondo, da un lato e dall’altro di libertà di movimento, come un avere di nuovo a disposizione, libere, le mani per inventare (sono le mani liberate dalla postura eretta che creano la disposizione, il vuoto necessario per l’invenzione tecnica secondo l’antropologia di André Leroi-Gourhan).

    La lista, allora, come forma che originerà questo testo. Scelgo la lista non solo perché ci lavoro da qualche anno, non solo perché è una delle forme più antiche della scrittura, la forma che probabilmente più è stata usata (penso alla metafora o alla retroazione cibernetica come possibili concorrenti), che più è cambiata, che più hanno mostrato che si può fare qualcosa di nuovo con quello che già abbiamo – ma qualcosa di radicalmente nuovo? O forse una forma di cui non ci siamo ancora stancat* dal tempo dei primi passi nella scrittura delle civiltà antiche ci può dire qualcosa sull’argomento (possiamo stufarci di ciò che ci è essenziale come lo è la lista per la scrittura, di ciò che ci è più intimo di noi stess*?). La lista può dirci qualcosa, ancora, su forma e stanchezza, sulla stanchezza delle forme.

    Ma la scelgo anche perché la lista è essenzialmente la forma del brainstorming, della bozza, del preliminare, del pensiero svincolato da una narrazione o da una articolazione più complessa, del pensiero esplorativo, nascente, ed è così che concepisco questo testo. In altre parole, la lista è una forma di ascolto: le sue operazioni formali di origine grafica permettono di sondare il reale, di individuare, di selezionare ciò che è pertinente, di scartare ciò che non lo è. Nel passaggio dall’oralità alla scrittura, c’è stato infatti l’ascolto : l’inglese lo mostra meglio di altre lingue, la radice comune fralist e listening: usare una tecnologia di ascolto per scrivere sulla stanchezza. Nello stesso spirito di ascolto con cui ti poni tu di fronte alle persone a cui hai chiesto di partecipare a questo progetto, ma un ascolto formale, instrumentato in un certo senso.

    Una seconda premessa è d’ordine lessicale : “esser stuf*” non prende mai una forma nominale, mi sembra, in italiano, come la possono avere altri termini vicini semanticamente: stanchezza, fatica, sfinimento, esaurimento. Qualcuno o qualcuna “è stufo o è stufa”, sempre associato ad uno stato dell’essere e mai in senso astratto e nominale. Mi permetto di variare questi termini per avere a disposizione una maggiore combinatoria nel mio gioco esplorativo, anche se l’ “esser stuf*” mantiene una sfumatura di eccesso, di riempimento che non voglio ignorare (di fastidio, di troppo, del troppo che stroppia: la persona non è svuotata come quando è stanca o sfinita ma è riempita troppo).

    Lista di qualche operazione formale che posso fare sulla stanchezza

    1. Stancare le forme

    E quindi quale pensiero produce una data tecnologia, un dato strumento e come lo possiamo usare? Ciò che mi interessa è l’uso deviante di questa tecnologia (l’uso queer, come lo definisce Sara Ahmed), l’uso liberatorio, riflettere sugli usi artistici dell’uso (“the Uses of Use”). È l’usura forse il primo rapporto fra forma e fatica che mi viene in mente inteso anche come una prima forma di liberazione: far sì che sia la struttura a stancarsi, ad usurarsi, a consumarsi, far sì che sia il meccanismo, la forma mentis a deperire – e noi di nuovo dispost* e disponibil* al cambiamento. Esaurire le forme come intenzione estetica, come verbo attivo all’infinito: la forma che non è più sé stessa, la forma spinta al limite, diventa qualcosa di nuovo? Stancare una forma può anche ucciderla, passarla, trapassarla: c’è una resurrezione dopo la morte della forma? Potrebbe risvegliare la curiosità di andare al fondo di qualcosa per vedere cosa vi si trova, per scoprire che al fondo di qualsiasi cosa c’è sempre qualcos’altro. Il primo rapporto fra forma e stanchezza riguarda la possibilità formale di creare qualcosa di nuovo a partire dall’uso reiterato della stessa forma, ad esempio : una variazione sul tema, un’estetica della serialità, una forma ricorsiva, o tutt’altro.

    2. Le forme stanche (o le forme morte)

    Penso alla metafora viva e alla metafora morta di Paul Ricœur, e di conseguenza alle liste morte, le liste stufe che non listano più niente o che hanno esaurito il loro potere creativo. Penso alle forme dell’arte o del discorso che non servono più a niente, che bisogno o buttare o riuscire a riattivare. Mi vengono in mente diverse domande: è di queste forme morte di cui bisognerebbe liberarsi, sono queste a renderci arrabbiat* o trist*, esiste per ogni forma un ritorno alle origini, una sorte di fonte originaria inesauribile? Le forme morte nella nostra società sono quelle che non dicono più nulla, forse questo spunto è uno dei risultati della prima operazione ma è anche una domanda : quali forme usiamo che non dicono più nulla ? Che sono morte ? Che posto hanno nel nostro mondo e cosa ci fanno? Per tornare alla retorica: la metafora e la catacresi quando ormai entrano nel linguaggio comune e non dicono più niente di nuovo (la finestra di Windows, il mouse del computer, il cloud, e tutte le catacresi delle nuove tecnologie). Fa pensare a tutte quelle cose che ci circondano che nascondono il loro passato o il loro agire, che sono diventate invisibili : la rottura del metabolismo urbano moderno (non siamo più consapevoli dei processi di produzione di ciò che consumiamo), l’infrastruttura invisibile, si tratta forse di scovarle, di identificarle, di renderle di nuovo visibili, di metterci all’erta su tutto ciò che è incorporato, digerito, accettato.

    3. Le forme instancabili

    Le forme che non si stancano mai (come i folli di quel racconto di Franz Kafka, Bimbi sulla via maestra: “come potrebbero stancarsi i folli ?”) mi fanno pensare al rapporto alla logica, alla razionalità, ad una certa occidentalità iscritto nelle forme (l’alfabeto e la scrittura grafica sono stati da molt* associati ad una razionalità colonialista). La mente corre ovviamente verso l’enciclopedia cinese del racconto borgesiano citata da Michel Foucault nella prefazione a Les mots et les choses e verso l’instancabilità della lista di fronte alla ratio naturalista occidentale che si lascia indietro, per inverosimiglianza. Le forme stanche e le forme instancabili potrebbero allora essere due risultati del processo attivo di sfinimento delle forme : quelle che periscono, quelle che resistono.

    4. Stancarsi delle forme

    Antitetico alla prima intenzione di stancare le forme potrebbe essere il non volerle più usare, essere stanch*, noi, delle forme. Un quarto rapporto fra forma e stanchezza potrebbe tradurre una disposizione soggettiva rispetto alle forme che potrebbe comunque porsi come creativa : un’estetica del peggio, un’estetica decadente, una creazione svogliata, annoiata o costretta. Mi fa pensare soprattutto alle condizioni di produzione dell’arte, alla parte di lavoro nell’arte (al Lavorare stanca di Cesare Pavese), alla parte di coercizione nella creazione.

    5. Dare forma alla stanchezza

    Dare forma alla stanchezza è pensato come spunto antitetico alla stanchezza come forma, in una relazione di reciprocità : che effetto hanno la mise en forme, la textualisation sulla stanchezza e che cosa vuol dire pensare la stanchezza come un dispositivo formale, cosa fa la stanchezza alla forma, come si traduce in forma. Per il primo dei due : le forme sono creative, la lista forse è la forma generativa per eccellenza se si pensa che la creazione biblica prende la forma di un’enumerazione, di una lista di nomi di cose. Le forme producono pensiero, ma lo fanno in una forma precisa. Cosa fa la forma alla stanchezza? Listiamo la stanchezza come esperimento mentale creativo. Questo quinto rapporto è un metalinguaggio, richiama ciò che sta facendo questo abbozzo di testo, si chiede quali effetti può avere formarla, strutturarla, tesserla in una trama testuale precisa.

    6. La stanchezza come forma

    Senza dubbio il punto di partenza di questa riflessione, il testo che Gilles Deleuze scrisse in postfazione agli scritti per la televisione di Samuel Beckett, L’Épuisé. È un testo che riflette su fatica e sfinimento come forme letterarie, come macchine testuali. Riflettere sulla stanchezza come forma può voler dire attingere ad altre materie del pensiero per trasformarle in arte, nel caso di Beckett l’épuisement che entra nella produzione di forme artistiche diventa un gioco posturale, l’occupazione dello spazio, la geometria, la matematica e soprattutto la combinatoria. Provando a riassumere in due definizioni un testo denso e complesso, si parla di fatica come assenza di possibilità soggettive: un soggetto stanco non riesce più fare qualcosa. Si parla di esaurimento come assenza di possibilità oggettive: uno spazio esaurito non ha alcuna altra possibilità di essere percorso ancora. Formalmente, l’esaurimento si ottiene con dei soggetti che occupano ogni posizione possibile nello spazio, con l’enumerazione di ogni combinatoria narrativa possibile per una situazione data: esaurire il possibile è una meccanismo di produzione testuale che svuota di senso il reale (risponde alla domanda su come continuare a parlare senza avere nulla da dire, nel contesto del mutismo artistico post Shoah). Per Deleuze, l’esaurimento formale genera forme: cosa ci dicono queste forme? Sono un modo di superare l’impasse del non aver più niente da dire, per fare un passo indietro, pur paradossale, verso il metatestuale. La domanda potrebbe riguardare ora l’esser stuf* come forma: come si potrebbe tradurre il “troppo che stroppia”? Un’estetica post-barocca? Una ripetizione infinita? Quale ruolo vi avrebbe il soggetto? 

    7. Le forme da stanch*

    Come ci appaiono le forme quando siamo stanch*? Probabilmente diversamente da quando non lo siamo. Questo punto guarda alla dimensione della percezione, dell’aisthesis, dell’esperienza estetica, più corporale: le corps fatigué cosa sente ? L’idea mi viene da una raccolta di scritti sull’estetica della ricezione che porta sul corpo stanco: vi si difende la tesi che la stanchezza sia un’alterazione della coscienza, del sentire. Secondo un’epistemologia corporale della ricezione, il corpo stanco dà accesso ad una realtà estetica preclusa ai corpi riposati, ai corpi sani, c’è una fetta di mondo che si può vedere o percepire quando si è stanch* che non si può vedere altrimenti. Che cosa vediamo ora di questo mondo che non vedevamo prima? Forse il punto culminante di una liberazione collettiva, l’esperienza rivelatrice, arriverà quando saremo tutt* stuf*.

    8. La stanchezza informe o senza forma

    Si tratta di dare forma alla stanchezza ma concentrandosi sui rapporti di dominazione, sui rapporti fra “in and out” sottesi alle forme di scrittura (penso ad una lunga tradizione di pensiero sui rapporti fra sapere e potere che parte probabilmente da Michel Foucault per arrivare, fra altr* à Susan Leigh Star). La stanchezza delle voci ai margini, tutte le stanchezze che non hanno ancora trovato forma. Penso soprattutto al nomadismo delle persone che non hanno una terra dove riposare (ne parla Nadia Yala Kisukidi nel suo saggio per la raccolta Terres et Liberté. Manifeste antiraciste pour une écologie de la libération).Penso anche ai corpi esclusi dalla produzione delle forme, ai corpi troppo stanchi per produrne (soggettività costrette a diversi usi sociali del corpo come mostra la sociologia di Luc Boltanski). C’è un bisogno di ascoltare o di inventare forme diverse o nuove per la stanchezza che non si è ancora espressa, per quel surplus di stanchezza e di significato che rende le forme vive. Mi sembra che stancare le forme, le forme instancabili e la stanchezza informe siano degli spunti che indicano una zona di tensione ancora produttiva dei rapporti fra le due, due forme-risorsa o forme-divenire (svuotate dall’uso, dalla ragione e dal soggetto dominanti).

    Risulterà forse laborioso questo lavoro di messa in lista, preso senza dubbio dalla vertigine di cui parlava Umberto Eco (Vertigine della lista). Mi sembra però che ogni punto dica qualcosa di almeno un po’ diverso dagli altri, che ognuno apra una direzione per certi aspetti eterogenea. Avrei voluto finire con un pensiero ecologico, forse in vece di ouverture, nel momento in cui la stanchezza si pensa non solamente in termini formali ma anche materiali, anche nel senso di un’epistemologia del supporto d’iscrizione delle forme o di una semiotica plastica – ho parlato del corpo stanco ma potrei parlare anche del mondo stanco. Magari una prossima volta.

    A presto,

    Irene »

  • Participation au XVIII Congrès de l’AFSP 2026

    Avec Claire Le Renard, je suis ravix de participer au 18ème congrès national de l’Association Française de Science Politique qui se tiendra à Lyon en juillet 2026. Nous interviendrons dans la section thématique « Politiques de la sobriété, ou gouverner la diminution des consommations : instruments, arènes et controverses ». Voici le résumé de la communication autour du projet SOBREPOL – Politiques de la sobriété énergétique.

    Titre : « J’éteins, je réduis, je décale » : dessiner et orienter la participation citoyenne à la sobriété énergétique en contexte de crise

    Notre recherche porte sur le « plan de sobriété énergétique » de 2022-2023 qui a été au centre d’une politique publique et d’une campagne gouvernementale de communication-action publique concernant les économies d’énergie. La crise énergétique de l’hiver 2022-23, avec ses appels à la « sobriété », a eu des effets mesurables et durables sur la consommation énergétique des ménages en France : une diminution de l’ordre de 10 % a été constatée sur la consommation des énergies de réseau, électricité et gaz. Les instruments de politique publique permettant une réduction des consommations d’énergie dans l’espace domestique ont fait principalement appel à la responsabilisation du.de la consommateur.ice (Reverdy, 2022), alors que le « bouclier tarifaire » sur les énergies et le « chèque énergie » pour les plus vulnérables ont amorti une part de la hausse des prix. 

    La campagne de communication-action publique est au cœur de la recherche, qui combine trois démarches d’analyse : une enquête qualitative par entretiens auprès des acteur.ice.s à l’origine de la campagne, une analyse quantitative d’un corpus textuel de presse nationale, et une analyse sémiologique qualitative des médias informatisés (la plateforme YouTube notamment) afin de comprendre la construction de la sobriété dans l’espace public par l’évolution des cadrages médiatiques ainsi que par sa circulation « triviale » (Jeanneret, 2015) dans les espaces socio-numériques.

    Cette communication mobilise la sociologie politique et les sciences de l’information et de la communication. Elle s’inscrit dans l’Axe 3 de la section thématique « Controverses et légitimités » tout en considérant les dispositifs d’information et de communication dans leur dimension matérielle de dispositifs d’engagement politique, d’intermédiation et de coordination de la participation politique des publics (« engaging devices » Marres, 2012).

    D’une part, le « plan de sobriété énergétique » de 2022 engendre une politique de coordination qui mobilise la fonction sociale de la presse, l’usage social des savoirs scientifiques, ainsi que le discours promotionnel des entreprises. Les modalités de cette mobilisation de divers acteur.ice.s, conjointement avec le discours de légitimation ou le discours conflictuel qui l’articulent permettent de questionner les liens entre les modes de communication publique et politique ainsi que d’exercice du pouvoir. D’autre part, cette communication interroge le passage d’un gouvernement des conduites vers une communication publique du « faire participer » et d’appel à la participation des publics, faisant émerger un imaginaire socio-technique précis de la sobriété « participative » ou « sociale » ainsi que des pratiques sociales qui y sont liées.

    Bibliographie indicative

    Jeanneret, Y. (2014). Critique de la trivialité. Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Paris, Éd. Non Standard.

    Kelty, C. M. (2019). The Participant. A Century of Participation in Four Stories. The University of Chicago Press.

    Marres, N. (2012). Material Participation : Technology, the Environment and Everyday Publics. Palgrave Macmillan.

    Proulx, S. (1994). « Une lecture de l’œuvre de Michel de Certeau : L’invention du quotidien, paradigme de l’activité des usagers », Communication. Information Médias Théories, vol. 15-2, p. 170–197.

    Reverdy, T. (2022). « La valeur du Négawatt : effacer la consommation électrique ». In F. Goulet & D. Vinck (éds.), Faire sans, faire avec moins. Paris: Presses des Mines. https://doi.org/10.4000/books.pressesmines.7411

    Shove, E., Pantzar, M., Watson, M. (2012). The Dynamics of Social Practice. Everyday Life and how it Changes. SAGE.

    Star, S. L. (1990). Power, Technology and the Phenomenology of Conventions: On being Allergic to Onions. The Sociological Review38(1_suppl), 26-56.

  • Participation au XI Congrès de l’AFS 2026

    Je suis ravix de participer au XI Congrès de l’Association Française de Sémiotique « Détermination, indétermination : la sémiotique entre prévisibilité et imprévisibilité » qui se tiendra du 17 au 20 juin 2026 à Paris.

    Je partage le texte de ma communication qui fera partie du Panel thématique 4 « Dire l’incertain : indétermination écologique, politique et futurs possibles » organisé par Alexandre Bueno, Oriana Fulaneti et Ylan Damerose :

    Titre de la communication : Certifier l’avenir incertain : agentivité médiatique et communication du plan de sobriété énergétique de 2022-2023.

    Les discours contemporains sur l’énergie témoignent d’une expérience croissante de l’imprévisible (Sedda, 2025) et produisent, en même temps, des instances de détermination de la potentialité. Le questionnement sémiotique en particulier émerge de l’articulation entre la production de sens et l’encadrement de l’action au sein d’opérations discursives précises de calcul et de planification. Il émerge également, au sens d’une techno-sémiotique, de l’action structurante de la raison graphique, computationnelle ou, plus largement, médiatique qui instrumente ces opérations, à travers notamment les notions d’agentivité médiatique et d’énonciation éditoriale et technique (Souchier et al., 2019).

    Notre communication porte à la fois sur le « plan de sobriété énergétique » de la période hivernale 2022-2023, construit en réponse au contexte de crise énergétique et sur la campagne gouvernementale de communication-action sur l’application de ce plan. Nous interrogeons la communication publique du plan comme un moyen d’agir sur l’indétermination énergétique et politique.

    Nous considérons le « plan » comme un dispositif composite (d’écriture, sociotechnique, de gouvernement). Il supporte, entre autres, des opérations d’ordonnancement, de prescriptions orientées pour réaliser une action ou une série d’actions, collectives dans notre cas. Les apports de la sociologie de la traduction (Akrich et al., 2013 ; Star, 2007), des études de politique matérielle centrées sur l’objet (Marres, 2012) mais aussi de l’épistémologie du support de communication nous permettent d’interroger l’agentivité des technologies d’écriture (Goody, 1979). Cela fait écho aux travaux de Bachimont (2010), qui propose une définition du programme (informatique) en lien avec l’action de ces technologies sur l’indétermination temporelle : il entend le programme comme un moyen de certifier l’avenir : une structuration spatiale qui réalise une détermination temporelle. Le plan, tout comme des dispositifs analogues (projet, programme informatique, programme politique, etc.) traduisent ainsi l’action de ces technologies sur le temps.

    L’analyse sémiotique des discours de planification écologique (dans le cas spécifique du plan de sobriété énergétique de 2022-2023) se focalise ainsi sur les dispositifs infocommunicationnels comme une partie essentielle de la planification et en interroge l’agentivité sur l’orientation des pratiques sociales. Les rapports entre communication et action (mise en action des publics, détermination de l’action collective en termes de pratiques énergétiques), ouvre à une réflexion sémiotique sur l’action prise dans une tension entre discours de certification et incertitude.

    Notre travail mobilise les approches de la sémiotique visuelle (Manchia, 2025) et de la socio- sémiotique des médias (Souchier et al., 2019). Il interroge la médiatisation du discours énergétique, analysant les supports de la campagne de communication publique « Chaque geste compte », sa circulation intermédiatique et sa remédiation par des acteurices divers-es, notamment au sein d’un corpus de vidéos composé à partir de la plateforme YouTube. Nous recourons à des méthodes d’analyse des interfaces numériques, d’analyse de la participation complétées par des entretiens semi-directifs avec les acteurices chargé-es de la conception de la campagne.

    Bibliographie indicative

    Akrich, M., Callon, M., Latour, B. (2013). Sociologie de la traduction. Textes fondateurs. Presses des Mines.

    Bachimont, B. (2010). Le sens de la technique : le numérique et le calcul. Les Belles Lettres.

    Badir, S., Catellani, A. (2026). L’agency des objets médiatiques. L’apport des SIC à la sémiotique, vol. 1-1. Éditions Academia-EME.

    Goody, J. (1979). La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage. Les Editions de Minuit.

    Manchia, V. (2025). Dentro l’immagine. Il primo libro di semiotica visiva. Einaudi.

    Marres, N. (2012). Material Participation : Technology, the Environment and Everyday Publics. Palgrave Macmillan.

    Sedda, F. (2025). L’imprevedibile accade : vivere e sopravvivere nel XXI secolo. Bompiani.

    Souchier, E., Candel, E., Gomez-Mejia, G., Jeanne Perrier, V. (2019). Le numérique comme écriture : Théories et méthodes d’analyse. Armand Colin.

  • Présentation du « Collectif Champs des Possibles »

    Le Collectif Urgences Environnementales, auquel je suis heureuse de participer, se réinvente sous un nouveau nom — le Collectif Champs des Possibles — et lance sa page de présentation. En voici le contenu :

    Créé en avril 2023, le collectif Champs des possibles regroupe des doctorant·es, enseignant·es-chercheur·euses, chercheur·euses qui souhaitaient réfléchir au positionnement de la recherche face aux crises environnementales et agir ensemble, à l’échelle de la Cité Descartes et au-delà.

    Objectifs

    Les membres du collectif partagent plusieurs idées majeures :

    • la volonté de ne pas séparer les problématiques environnementales et écologiques des questions d’inégalités sociales, à la fois pour des raisons éthiques (les transformations socio-écologiques ne peuvent se faire au bénéfice de certains groupes et au détriment des autres) et pragmatiques (l’absence de prise en compte des inégalités et des enjeux de justice aboutit à de fortes contestations et à un recul des politiques environnementales);
    • la conviction que les actions à mener ne se limitent pas aux solutions techniques ou technologiques et engagent des changements des pratiques sociales et des modes de vie, entendus au sens de manières d’habiter collectivement les territoires – et non pas en termes d’écogestes ou de comportements individuels;
    • la nécessité de reconnaître ladimension politique des transformations socio-écologiques, c’est-à-dire des questions que ces transformations soulèvent en termes d’(in)égalités, de rapports de pouvoir, de conflits, d’arbitrages collectifs;
    • le souhait de contribuer à l’éclairage du débat public autour de ces enjeux et d’agir, à l’échelle du campus et au-delà.

    Actions

    Identifiées dès la création du collectif, plusieurs modalités d’action ont donné lieu à des initiatives portées ou soutenues par différentes instances (laboratoires, groupes de travail transversaux, cellules DDRS des établissements, etc.), au-delà du collectif lui-même.

    (1) Refuser l’instrumentalisation de l’université

    « Nous sommes l’Université ». Nous considérons que les marques de nos établissements ne doivent pas servir à promouvoir des activités contraires aux engagements internationaux en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ou non compatibles avec le respect des limites planétaires. Les membres du collectif, à titre individuel et collectif, expriment régulièrement leur désaccord vis-à-vis des modes de financement actuels de la recherche, qui orientent les travaux vers des solutions essentiellement technologiques et dépolitisent le débat sur les « transitions » (énergétique, écologique, numérique, etc.).

    (2) Transformer l’enseignement et les formations

    La question du contenu des enseignements et de leur évolution souhaitable a été posée à l’échelle nationale par le rapport Jouzel. Les membres du collectif participent à l’effort en matière d’évolution des formations. L’un des enjeux est également de réfléchir aux besoins sur l’ensemble du campus.

    (3) Changer la recherche

    Nous discutons également du contenu des recherches et participons à la mise en œuvre ou au soutien d’initiatives de production et de diffusion de connaissances, en nous servant de notre environnement de proximité comme d’un laboratoire. En lien direct ou non avec le collectif, plusieurs actions ont été menées sur ce thème :

    • Organisation par l’ex-groupe de travail « Ville et Énergie » du Labex Futurs Urbains d’une série de visites de sites sur le campus de la Cité Descartes et dans son environnement immédiat autour des enjeux de la désescalade énergétique et une journée d’étude sur ce thème. Un ouvrage collectif sera publié sur ces thématiques en 2026.
    • Participation de nombreux membres du collectif au numéro spécial de « Transitions » (anciennement Annales des Ponts) coordonné par Bruno Tassin et Nathalie Roseau, intitulé « Au pied du mur ».
    • Le 2 décembre 2025, la projection-débat du film de Violeta Ramirez, Transition sous tension, en présence de la réalisatrice. Bande annonce ici

    (4) Faire évoluer nos pratiques

    Depuis 2023, des groupes de travail se sont mis en place au sein de plusieurs laboratoires du site, afin de travailler sur les impacts environnementaux des activités de recherche et de mettre en œuvre des mesures visant à les réduire.

    Plusieurs actions ont été menées dans ce cadre :

    • Plusieurs laboratoires de la Cité Descartes ont adopté des chartes environnementales visant à réduire les impacts environnementaux des pratiques de recherche (usage de l’avion, achats de matériels), d’autres sont en train de produire leur bilan carbone (méthodologie labos 1.5)
    • Une journée interlaboratoires « Champs des possibles » a été organisée en mai 2024, qui visait à partager les expériences des différents laboratoires et, au-delà, à questionner les pratiques de recherche, à discuter de l’engagement des chercheur.ses mais aussi à interpeler nos établissements
    • Un groupe de doctorant·es et post-doctorant·es est en cours de constitution pour poursuivre les réflexions en cours et les défendre auprès des collectifs d’enseignement et de recherche

    Consulter la page du site

  • Demi-journée de présentation de la SNBC3, DGEC

    Le 26 mars 2026, dans le cadre de l’événement sur la Stratégie Nationale Bas Carbone – SNBC3 organisé par la Direction générale de l’Énergie et du Climat – DGEC à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, je présente le poster scientifique « Rendre visible la sobriété pour inviter à y participer ». 

    Le poster illustre les recherches menées au cours de ma recherche post-doctorale pour le projet ADEME « SOBREPOL – Politiques de la sobriété énergétique » en collaboration avec Claire Le Renard. La recherche se concentre sur le changement de la norme sociale guidant les pratiques énergétiques au cours de la crise énergétique de 2022-2023 et notamment sur le rôle du dispositif politique (« Le plan de sobriété énergétique ») et info-communicationnel (la campagne de communication publique « Chaque geste compte »). Ces dispositifs sont notamment analysées à partir des approches de la participation matérielle, de la sociologie des problèmes publics, de la théorie des pratiques et en prenant en compte des processus de médiatisation divers.

    La question de recherche : « comment faire changer une norme sociale ? ». Le poster décline nos résultats provisoires selon 4 axes : 

    • faire attention : une valorisation de la modération de la consommation, qui réactive une norme sociale préexistante ;
    • la prise de conscience : métabolismes et impacts environnementaux vus par les classes intellectuelles ;
    • inviter à participer : une activation dépolitisée de la participation citoyenne ;
    • communiquer l’exemplarité : déplacer la norme vestimentaire et de présentation de soi par une stratégie d’invitation à l’émulation.

    Support de la présentation