• Participation au XVIII Congrès de l’AFSP 2026

    Avec Claire Le Renard, je suis ravix de participer au 18ème congrès national de l’Association Française de Science Politique qui se tiendra à Lyon en juillet 2026. Nous interviendrons dans la section thématique « Politiques de la sobriété, ou gouverner la diminution des consommations : instruments, arènes et controverses ». Voici le résumé de la communication autour du projet SOBREPOL – Politiques de la sobriété énergétique.

    Titre : « J’éteins, je réduis, je décale » : dessiner et orienter la participation citoyenne à la sobriété énergétique en contexte de crise

    Notre recherche porte sur le « plan de sobriété énergétique » de 2022-2023 qui a été au centre d’une politique publique et d’une campagne gouvernementale de communication-action publique concernant les économies d’énergie. La crise énergétique de l’hiver 2022-23, avec ses appels à la « sobriété », a eu des effets mesurables et durables sur la consommation énergétique des ménages en France : une diminution de l’ordre de 10 % a été constatée sur la consommation des énergies de réseau, électricité et gaz. Les instruments de politique publique permettant une réduction des consommations d’énergie dans l’espace domestique ont fait principalement appel à la responsabilisation du.de la consommateur.ice (Reverdy, 2022), alors que le « bouclier tarifaire » sur les énergies et le « chèque énergie » pour les plus vulnérables ont amorti une part de la hausse des prix. 

    La campagne de communication-action publique est au cœur de la recherche, qui combine trois démarches d’analyse : une enquête qualitative par entretiens auprès des acteur.ice.s à l’origine de la campagne, une analyse quantitative d’un corpus textuel de presse nationale, et une analyse sémiologique qualitative des médias informatisés (la plateforme YouTube notamment) afin de comprendre la construction de la sobriété dans l’espace public par l’évolution des cadrages médiatiques ainsi que par sa circulation « triviale » (Jeanneret, 2015) dans les espaces socio-numériques.

    Cette communication mobilise la sociologie politique et les sciences de l’information et de la communication. Elle s’inscrit dans l’Axe 3 de la section thématique « Controverses et légitimités » tout en considérant les dispositifs d’information et de communication dans leur dimension matérielle de dispositifs d’engagement politique, d’intermédiation et de coordination de la participation politique des publics (« engaging devices » Marres, 2012).

    D’une part, le « plan de sobriété énergétique » de 2022 engendre une politique de coordination qui mobilise la fonction sociale de la presse, l’usage social des savoirs scientifiques, ainsi que le discours promotionnel des entreprises. Les modalités de cette mobilisation de divers acteur.ice.s, conjointement avec le discours de légitimation ou le discours conflictuel qui l’articulent permettent de questionner les liens entre les modes de communication publique et politique ainsi que d’exercice du pouvoir. D’autre part, cette communication interroge le passage d’un gouvernement des conduites vers une communication publique du « faire participer » et d’appel à la participation des publics, faisant émerger un imaginaire socio-technique précis de la sobriété « participative » ou « sociale » ainsi que des pratiques sociales qui y sont liées.

    Bibliographie indicative

    Jeanneret, Y. (2014). Critique de la trivialité. Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Paris, Éd. Non Standard.

    Kelty, C. M. (2019). The Participant. A Century of Participation in Four Stories. The University of Chicago Press.

    Marres, N. (2012). Material Participation : Technology, the Environment and Everyday Publics. Palgrave Macmillan.

    Proulx, S. (1994). « Une lecture de l’œuvre de Michel de Certeau : L’invention du quotidien, paradigme de l’activité des usagers », Communication. Information Médias Théories, vol. 15-2, p. 170–197.

    Reverdy, T. (2022). « La valeur du Négawatt : effacer la consommation électrique ». In F. Goulet & D. Vinck (éds.), Faire sans, faire avec moins. Paris: Presses des Mines. https://doi.org/10.4000/books.pressesmines.7411

    Shove, E., Pantzar, M., Watson, M. (2012). The Dynamics of Social Practice. Everyday Life and how it Changes. SAGE.

    Star, S. L. (1990). Power, Technology and the Phenomenology of Conventions: On being Allergic to Onions. The Sociological Review38(1_suppl), 26-56.

  • Participation au XI Congrès de l’AFS 2026

    Je suis ravix de participer au XI Congrès de l’Association Française de Sémiotique « Détermination, indétermination : la sémiotique entre prévisibilité et imprévisibilité » qui se tiendra du 17 au 20 juin 2026 à Paris.

    Je partage le texte de ma communication qui fera partie du Panel thématique 4 « Dire l’incertain : indétermination écologique, politique et futurs possibles » organisé par Alexandre Bueno, Oriana Fulaneti et Ylan Damerose :

    Titre de la communication : Certifier l’avenir incertain : agentivité médiatique et communication du plan de sobriété énergétique de 2022-2023.

    Les discours contemporains sur l’énergie témoignent d’une expérience croissante de l’imprévisible (Sedda, 2025) et produisent, en même temps, des instances de détermination de la potentialité. Le questionnement sémiotique en particulier émerge de l’articulation entre la production de sens et l’encadrement de l’action au sein d’opérations discursives précises de calcul et de planification. Il émerge également, au sens d’une techno-sémiotique, de l’action structurante de la raison graphique, computationnelle ou, plus largement, médiatique qui instrumente ces opérations, à travers notamment les notions d’agentivité médiatique et d’énonciation éditoriale et technique (Souchier et al., 2019).

    Notre communication porte à la fois sur le « plan de sobriété énergétique » de la période hivernale 2022-2023, construit en réponse au contexte de crise énergétique et sur la campagne gouvernementale de communication-action sur l’application de ce plan. Nous interrogeons la communication publique du plan comme un moyen d’agir sur l’indétermination énergétique et politique.

    Nous considérons le « plan » comme un dispositif composite (d’écriture, sociotechnique, de gouvernement). Il supporte, entre autres, des opérations d’ordonnancement, de prescriptions orientées pour réaliser une action ou une série d’actions, collectives dans notre cas. Les apports de la sociologie de la traduction (Akrich et al., 2013 ; Star, 2007), des études de politique matérielle centrées sur l’objet (Marres, 2012) mais aussi de l’épistémologie du support de communication nous permettent d’interroger l’agentivité des technologies d’écriture (Goody, 1979). Cela fait écho aux travaux de Bachimont (2010), qui propose une définition du programme (informatique) en lien avec l’action de ces technologies sur l’indétermination temporelle : il entend le programme comme un moyen de certifier l’avenir : une structuration spatiale qui réalise une détermination temporelle. Le plan, tout comme des dispositifs analogues (projet, programme informatique, programme politique, etc.) traduisent ainsi l’action de ces technologies sur le temps.

    L’analyse sémiotique des discours de planification écologique (dans le cas spécifique du plan de sobriété énergétique de 2022-2023) se focalise ainsi sur les dispositifs infocommunicationnels comme une partie essentielle de la planification et en interroge l’agentivité sur l’orientation des pratiques sociales. Les rapports entre communication et action (mise en action des publics, détermination de l’action collective en termes de pratiques énergétiques), ouvre à une réflexion sémiotique sur l’action prise dans une tension entre discours de certification et incertitude.

    Notre travail mobilise les approches de la sémiotique visuelle (Manchia, 2025) et de la socio- sémiotique des médias (Souchier et al., 2019). Il interroge la médiatisation du discours énergétique, analysant les supports de la campagne de communication publique « Chaque geste compte », sa circulation intermédiatique et sa remédiation par des acteurices divers-es, notamment au sein d’un corpus de vidéos composé à partir de la plateforme YouTube. Nous recourons à des méthodes d’analyse des interfaces numériques, d’analyse de la participation complétées par des entretiens semi-directifs avec les acteurices chargé-es de la conception de la campagne.

    Bibliographie indicative

    Akrich, M., Callon, M., Latour, B. (2013). Sociologie de la traduction. Textes fondateurs. Presses des Mines.

    Bachimont, B. (2010). Le sens de la technique : le numérique et le calcul. Les Belles Lettres.

    Badir, S., Catellani, A. (2026). L’agency des objets médiatiques. L’apport des SIC à la sémiotique, vol. 1-1. Éditions Academia-EME.

    Goody, J. (1979). La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage. Les Editions de Minuit.

    Manchia, V. (2025). Dentro l’immagine. Il primo libro di semiotica visiva. Einaudi.

    Marres, N. (2012). Material Participation : Technology, the Environment and Everyday Publics. Palgrave Macmillan.

    Sedda, F. (2025). L’imprevedibile accade : vivere e sopravvivere nel XXI secolo. Bompiani.

    Souchier, E., Candel, E., Gomez-Mejia, G., Jeanne Perrier, V. (2019). Le numérique comme écriture : Théories et méthodes d’analyse. Armand Colin.

  • Présentation du « Collectif Champs des Possibles »

    Le Collectif Urgences Environnementales, auquel je suis heureuse de participer, se réinvente sous un nouveau nom — le Collectif Champs des Possibles — et lance sa page de présentation. En voici le contenu :

    Créé en avril 2023, le collectif Champs des possibles regroupe des doctorant·es, enseignant·es-chercheur·euses, chercheur·euses qui souhaitaient réfléchir au positionnement de la recherche face aux crises environnementales et agir ensemble, à l’échelle de la Cité Descartes et au-delà.

    Objectifs

    Les membres du collectif partagent plusieurs idées majeures :

    • la volonté de ne pas séparer les problématiques environnementales et écologiques des questions d’inégalités sociales, à la fois pour des raisons éthiques (les transformations socio-écologiques ne peuvent se faire au bénéfice de certains groupes et au détriment des autres) et pragmatiques (l’absence de prise en compte des inégalités et des enjeux de justice aboutit à de fortes contestations et à un recul des politiques environnementales);
    • la conviction que les actions à mener ne se limitent pas aux solutions techniques ou technologiques et engagent des changements des pratiques sociales et des modes de vie, entendus au sens de manières d’habiter collectivement les territoires – et non pas en termes d’écogestes ou de comportements individuels;
    • la nécessité de reconnaître ladimension politique des transformations socio-écologiques, c’est-à-dire des questions que ces transformations soulèvent en termes d’(in)égalités, de rapports de pouvoir, de conflits, d’arbitrages collectifs;
    • le souhait de contribuer à l’éclairage du débat public autour de ces enjeux et d’agir, à l’échelle du campus et au-delà.

    Actions

    Identifiées dès la création du collectif, plusieurs modalités d’action ont donné lieu à des initiatives portées ou soutenues par différentes instances (laboratoires, groupes de travail transversaux, cellules DDRS des établissements, etc.), au-delà du collectif lui-même.

    (1) Refuser l’instrumentalisation de l’université

    « Nous sommes l’Université ». Nous considérons que les marques de nos établissements ne doivent pas servir à promouvoir des activités contraires aux engagements internationaux en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ou non compatibles avec le respect des limites planétaires. Les membres du collectif, à titre individuel et collectif, expriment régulièrement leur désaccord vis-à-vis des modes de financement actuels de la recherche, qui orientent les travaux vers des solutions essentiellement technologiques et dépolitisent le débat sur les « transitions » (énergétique, écologique, numérique, etc.).

    (2) Transformer l’enseignement et les formations

    La question du contenu des enseignements et de leur évolution souhaitable a été posée à l’échelle nationale par le rapport Jouzel. Les membres du collectif participent à l’effort en matière d’évolution des formations. L’un des enjeux est également de réfléchir aux besoins sur l’ensemble du campus.

    (3) Changer la recherche

    Nous discutons également du contenu des recherches et participons à la mise en œuvre ou au soutien d’initiatives de production et de diffusion de connaissances, en nous servant de notre environnement de proximité comme d’un laboratoire. En lien direct ou non avec le collectif, plusieurs actions ont été menées sur ce thème :

    • Organisation par l’ex-groupe de travail « Ville et Énergie » du Labex Futurs Urbains d’une série de visites de sites sur le campus de la Cité Descartes et dans son environnement immédiat autour des enjeux de la désescalade énergétique et une journée d’étude sur ce thème. Un ouvrage collectif sera publié sur ces thématiques en 2026.
    • Participation de nombreux membres du collectif au numéro spécial de « Transitions » (anciennement Annales des Ponts) coordonné par Bruno Tassin et Nathalie Roseau, intitulé « Au pied du mur ».
    • Le 2 décembre 2025, la projection-débat du film de Violeta Ramirez, Transition sous tension, en présence de la réalisatrice. Bande annonce ici

    (4) Faire évoluer nos pratiques

    Depuis 2023, des groupes de travail se sont mis en place au sein de plusieurs laboratoires du site, afin de travailler sur les impacts environnementaux des activités de recherche et de mettre en œuvre des mesures visant à les réduire.

    Plusieurs actions ont été menées dans ce cadre :

    • Plusieurs laboratoires de la Cité Descartes ont adopté des chartes environnementales visant à réduire les impacts environnementaux des pratiques de recherche (usage de l’avion, achats de matériels), d’autres sont en train de produire leur bilan carbone (méthodologie labos 1.5)
    • Une journée interlaboratoires « Champs des possibles » a été organisée en mai 2024, qui visait à partager les expériences des différents laboratoires et, au-delà, à questionner les pratiques de recherche, à discuter de l’engagement des chercheur.ses mais aussi à interpeler nos établissements
    • Un groupe de doctorant·es et post-doctorant·es est en cours de constitution pour poursuivre les réflexions en cours et les défendre auprès des collectifs d’enseignement et de recherche

    Consulter la page du site

  • Demi-journée de présentation de la SNBC3, DGEC

    Le 26 mars 2026, dans le cadre de l’événement sur la Stratégie Nationale Bas Carbone – SNBC3 organisé par la Direction générale de l’Énergie et du Climat – DGEC à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, je présente le poster scientifique « Rendre visible la sobriété pour inviter à y participer ». 

    Le poster illustre les recherches menées au cours de ma recherche post-doctorale pour le projet ADEME « SOBREPOL – Politiques de la sobriété énergétique » en collaboration avec Claire Le Renard. La recherche se concentre sur le changement de la norme sociale guidant les pratiques énergétiques au cours de la crise énergétique de 2022-2023 et notamment sur le rôle du dispositif politique (« Le plan de sobriété énergétique ») et info-communicationnel (la campagne de communication publique « Chaque geste compte »). Ces dispositifs sont notamment analysées à partir des approches de la participation matérielle, de la sociologie des problèmes publics, de la théorie des pratiques et en prenant en compte des processus de médiatisation divers.

    La question de recherche : « comment faire changer une norme sociale ? ». Le poster décline nos résultats provisoires selon 4 axes : 

    • faire attention : une valorisation de la modération de la consommation, qui réactive une norme sociale préexistante ;
    • la prise de conscience : métabolismes et impacts environnementaux vus par les classes intellectuelles ;
    • inviter à participer : une activation dépolitisée de la participation citoyenne ;
    • communiquer l’exemplarité : déplacer la norme vestimentaire et de présentation de soi par une stratégie d’invitation à l’émulation.

    Support de la présentation

  • Intervention au séminaire du CML

    Avec Dylan Fluzin, une participation au séminaire interne du groupe de recherche Culture Média Lab (DICEN IDF, Université Paris Nanterre) du 19 février 2026.

    Les deux communications visent à interroger des points de rencontre entre les sciences de l’information et de la communication et le design. En mettant en avant une approche matérielle aux phénomènes communicationnels, elles se rejoignent sur la question : comment des dispositifs info-communicationnels dessinent et encadrent des pratiques collectives (pratiques énergétiques d’un côté, pratiques mémorielles de l’autre) ?

    « Communication et design de la participation énergétique : synecdoques et cybernétiques corporelles » 

    Irene De Togni. Post-doctorante à l’ENPC, LATTS.

    Cette communication présente une partie des travaux en cours dans le cadre du contrat post-doctoral pour le « Projet ADEME SOBREPOL – Politiques de sobriété énergétique dans la crise énergie-climat ». Elle se concentrera sur le cadre théorique, le corpus et la méthodologie d’analyse. L’analyse porte notamment sur le « plan de sobriété énergétique » de 2022-2023, et sur la campagne gouvernementale de communication-action grand public « chaque geste compte ». La campagne est étudiée à travers la question de la participation énergétique, dans une perspective où les objets info-communicationnels sont en même temps des médias qui engagent la participation citoyenne avec des modalités diverses et des représentations diverses de la planification et de la participation énergétique, des médiatisations plurielles, stratifiées et circulantes. Médiation technique et médiatisation de la sobriété mettent en lumière des aspects matériels, techniques et corporels précis qui posent autrement la question de la tension entre responsabilité individuelle et système sociotechnique (entreprise, collectivité territoriale, État, etc.) face au problème écologique à travers la question de l’incorporation des pratiques de participation énergétiques.

    « Plateforme, mémoire, et dispositif : une approche de recherche par le design des pratiques d’archivation LGBTQIA+ » 

    Dylan Fluzin. Doctorant en SIC et Design, DICEN IDF. 

    Le travail de thèse porte globalement sur les pratiques de mémoire et d’auto-documentation dans les communautés LGBTQIA+, en particulier à partir de contenus produits sur des plateformes comme Instagram. Cette présentation n’insistera pas tant sur le terrain lui-même que sur la manière dont la question est abordée méthodologiquement. L’idée serait de montrer que les plateformes ne sont pas considérées seulement comme des supports de contenus, mais comme des dispositifs techniques et informationnels dont le design influence concrètement la manière dont les communautés produisent, font circuler et conservent leurs traces. À partir de là, ce travail consiste à faire un double mouvement : analyser ces effets du design de plateforme sur les pratiques mémorielles, puis expérimenter en première personne, par des dispositifs de recherche par le design (ateliers, protocoles d’éditorialisation, transformations matérielles de données, etc.), des formes possibles d’archivation qui tiennent compte de ces contraintes.

  • Participation au colloque international « Écrits ordinaires »

    Du 12 au 14 novembre 2025 se tiendra, à l’Université Paris Est Créteil, le colloque international « Écrits ordinaires : pratiques d’écriture et de lecture dans les espaces domestiques et publics ». Il est organisé par le réseau de recherche international « Le genre bref dans l’espace public » porté par les universités Paris 3-Sorbonne Nouvelle, Pau et les Pays de l’Adour, Gustave Eiffel et Aoyama Gakuin (Tokyo).

    J’y participerai avec une intervention intitulée « Rhétorique de l’écriture ordinaire en milieu numérique : le cas de la liste et de l’anthologisation des pratiques de la critique culturelle amateure ». Voici le résumé :

    Résumé

    Cette proposition de communication s’appuie sur un travail de thèse en sciences de l’information et de la communication. Elle étudie un objet sémiotique singulier, celui de la liste, comprise comme une forme sémiotique qui est, d’abord, observable sur nos écrans, qui, ensuite, déploie des modalités de socialisation dans des processus infocommunicationnels et qui, enfin, représente le lieu d’inscription d’un nombre de rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus. Listes d’amis sur les médias sociaux, rubriques des smartphones, menus déroulants, listes de diffusion, paniers des sites e-commerce, etcétéra : la production surabondante de listes au sein des médias informatisés met en évidence le symptôme d’une certaine anthologisation du numérique aussi bien que des pratiques que les technologies informatiques supportent et façonnent.

    Le milieu de la prescription de jugement en ligne, exhibe avec une particulière prépondérance ce devenir-liste des pratiques culturelles ordinaires, des objets culturels tout comme des profils. Ce travail se concentre sur le cas des plateformes de critique culturelle et sur un corpus d’analyse de neuf plateformes : GoodReads, Babelio, Livraddict, SensCritique, Letterboxd, Inducks, Wattpad, TYPEE et MUBI. Pour l’analyse de ce corpus, il est adoptée principalement une méthode pragmatique dite « sémio-rhétorique » (Bachimont & Bouchardon, 2023) qui combine une sémiotique des interfaces et une sémiotique des relations. Elle prend en compte les agents sémiotiques qui mobilisent les formes rhétoriques, au niveau le plus superficiel des interfaces numériques, dans des actes communicationnels avec autrui. Elle s’applique aux formes d’écriture des interfaces des plateformes, aux listes d’objets culturels et aux listes de profils notamment, pour déterminer leurs affordances et leur pouvoir d’action dans le cadre de participation spécifique à la construction du discours de la critique cultuelle en ligne.

    De l’analyse empirique dérive une modélisation de la liste informatisée comme une forme intermédiatique de l’écriture pratique. Dans le passage du régime graphique au régime numérique de l’écriture, cette technologie intègre des textualités diverses : l’architexte (Jeanneret & Souchier, 2005), le paratexte, l’hypertexte et le programme (Bachimont, 2010). Elle exhibe, ainsi, des nouveaux enjeux de structuration des connaissances et des sociétés informatisées tout comme de l’action des usagers des dispositifs d’écriture observés. Il en dérive aussi une typologie des affordances (le terme est introduit pour la première fois par le psychologue James J. Gibson dans The Theory of Affordances en 1977) numériques de la liste. Ces listes représentent, en fait, un outillage particulier aux activités de lecture et d’écriture ordinaires des publics des plateformes et instaurent des relations spécifiques entre les acteurs en jeu dans l’élaboration du discours critique en ligne. L’un des aspects qui émergent avec évidence c’est l’affordance participative que la liste développe, en opérant une intermédiation des processus d’écriture des plateformes. Le cas de Listopia, une fonctionnalité de la plateforme Goodreads, est particulièrement parlant, à cet égard.

    Depuis ses premières conceptualisations, la liste se nourrit d’une double théorisation anthropologique et linguistique (Goody, 1978 ; Hamon, 1993) qui l’associe à un régime d’écriture ordinaire et pratique (ou fonctionnelle), de l’ordre du faire. Cela à l’intérieur d’un milieu où les technologies scripturaires structurent des connaissances et des sociétés. À partir de cet ancrage théorique, cette communication étudie la liste comme une forme générative des activités collectives. Une telle économie scripturaire de la liste se comprend au sens d’une praxis, et inscrit son agentivité et les usages qu’elle supporte dans une réflexion éthique et politique. En d’autres termes, interroger la pratique de la mise en forme, de la mise en liste, au sein des environnements numériques, signifie sonder la discipline au sens foucaldien de l’écriture informatique qui passe par la liste. Par ailleurs, cela signifie aussi questionner la capacité de la forme à supporter le développement d’une agentivité, d’un pouvoir d’action, en référence non seulement à la littératie de Jack Goody mais aussi aux arts de faire de Michel de Certeau et de la sociologie française de la réception créatrice. Ces pouvoirs des listes s’observent, néanmoins, de manière spécifique dans les sociétés informatisées. Le numérique participe, en fait, de manière singulière au processus historique de codification des pratiques sociales porté par la scripturalisation. Les écrans nous présentent des formes sociales scripturaires, dont les listes font partie, qui intègrent une dimension opératoire spécifique et qui habilitent et conditionnent de façon singulière leurs usagers. Ces formes demandent, ainsi, une intelligibilité et une maitrise adaptées à de supports informatisés au sein desquels elles s’inscrivent et circulent. C’est en ce sens que le questionnement des listes numériques exhibe sa nature rhétorique et qu’il paraît judicieux d’élargir cette perspective rhétorique à l’analyse des configurations socionumériques.

    Bibliographie indicative

    Bachimont, B. (2010). Le sens de la technique : Le numérique et le calcul. les Belles lettres.

    Bachimont, B., & Bouchardon, S. (2023). Littératie et rhétorique numériques. Intelligibilité du Numérique, 4.

    Bertrand, P. (2015). Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et empire, 1250-1350). In Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et empire, 1250-1350). Éditions de la Sorbonne. https://books.openedition.org/psorbonne/29449

    Bonaccorsi, J., & Croissant, V. (2015). « Votre mémoire culturelle » : Entre logistique numérique de la recommandation et médiation patrimoniale. Le cas de Sens Critique. Études de communication, 45(2), 129‑148. https://doi.org/10.4000/edc.6467

    Bowker, G. C., & Star, S. L. (1999). Sorting things out : Classification and its consequences. MIT Press.

    Candel, É., Jeanne-Perrier, V., & Souchier, E. (2012). Petites formes, grands desseins. D’une grammaire des énoncés éditoriaux à la standardisation des écritures (p. 165‑201). Hermès-Lavoisier. https://shs.hal.science/halshs-01709086

    Certeau, M. de. (1980). L’invention du quotidien. I, Arts de faire (L. Giard, Éd.). Gallimard.

    De Togni, I. (2025). Rhétorique de la liste dans la plateformisation de la critique culturelle — Formes et outils d’écriture de la participation numérique [Thèse de doctorat, Université Paris Nanterre].

    Eco, U. (2009). Vertigine della lista. Bombiani.

    Fabre, D. (1993). Écritures ordinaires. Bibliothèque publique d’information, Centre Georges- Pompidou : P.O.L.

    Goody, J. (1978). La raison graphique : La domestication de la pensée sauvage (A. P. Bensa, Éd. ; J. Bazin & A. Bensa, Trad.). Éditions de Minuit.

    Goody, J. (2018). La logique de l’écriture : L’écrit et l’organisation de la société (A.-M. Roussel, Trad.). Armand Colin.

    Hamon, P. (1993). Du descriptif. Hachette supérieur.

    Jeanneret, Y., & Souchier, E. (2005). L’énonciation éditoriale dans les écrits d’écran. Communication & Langages, 145(1), 3‑15. https://doi.org/10.3406/colan.2005.3351

  • Publication de Hybrid 13. Vies et vitalités des mèmes (vol. 2)

    Le numéro 13 de la revue Hybrid consacré aux mèmes « Performativités, domestications et résistances mémétiques. Vies et vitalités des mèmes (vol. 2) » que j’ai eu le plaisir de co-diriger est en ligne ! Un grand merci à toustes celleux qui y ont participé.

    Nous avons écrit l’introduction au numéro à plusieurs mains avec Laurence Allard, Fabrizio Defilippi, Lucas Fritz, Adrien Péquignot et Gabriele Stera.

    « Opérateurs de multiples allers-retours entre espaces connectés et non connectés, les mèmes peuvent devenir un puissant vecteur idéologique qui polarise et politise. Vecteurs de significations sociales partagées (Defilippi & Fritz, 2022), ils font émerger des communautés (précaires et provisoires) qui peuvent se construire « en négatif », contre des cibles précises (catégories, idées et visions du monde indésirables). La lutte entre gnomes et chevaliers met en scène un désir individuel et collectif de « prendre position », contrequelque chose avant tout, suivant des tendances sociales plus affectives que raisonnées : dynamique qui caractérise une bonne partie de la production mémétique contemporaine. »

    « Reprenant l’opposition entre in vivo et in vitro, ce numéro vise à éclairer l’entremêlement du scientifique et de l’industrie à la lumière des tensions historiques aux durées multiples, du spectre des guerres comme celui des « souffrances de l’Histoire » (Haraway, 2020), des rapports d’exploitation et de domination des non-humains, mais aussi de la corporéité et de la biologie humaine. Il offre également l’occasion de réfléchir à la place du langage scientifique et de sa rationalité dans l’altération de l’écosystème mémétique – et, in fine, d’explorer la question de l’auto-modification collective des corps des chercheurs et chercheuses par le prisme de ces jeux mémétiques (pas si innocents) et de leurs dispositifs de production, qu’il s’agisse de conversations WhatsApp ou de dialogues muséaux. »

  • Intervention à la JE « Sciences avec et pour la société »

    Le 19 mai 2025 se tient à l’amphithéâtre Weber à l’Université Paris Nanterre la Journée d’études « Sciences avec et pour la société« . Evénement organisé dans le cadre du projet « Sciences in cité » label SAPS, en partenariat avec l’association Sciences Citoyennes. La journée vise à renforcer l’interconnaissance entre les équipes de l’UPN dont les recherches se dotent d’une dimension Science Avec et Pour la Société.

    Avec Benjamin Barbier, j’ai le plaisir de proposer une intervention intitulée « Plateformes contributives culturelles : bilan du projet ANR Collabora ». La présentation porte sur les axes du projet ANR Collabora, avec un focus sur l’Observatoire des plateformes contributives culturelles, qui représente le volet collaboratif du projet. Nous revenons sur les résultats quantitatifs et qualitatifs apportés par l’Observatoire en question.

    Je co-anime également l’ »Atelier 2 : Les plateformes contributives culturelles (Amphi Weber, présentiel) » dans la discipline : Sciences de l’information et de la communication. L’atelier propose une prise en main des plateformes contributives cultuelles, avec l’enjeu de se familiariser avec le regard critique porté par la recherche sur ce sujet. Quant à la méthodologie proposée, nous demandons aux participant(e)s de s’exercer à l’analyse des interfaces des plateformes, des profils et des contenus produits par les utilisateurs et ce, dans une démarche comparative de trois plateformes de critique dans le domaine du cinéma. Les participant(e)s seront divisé(e)s en groupes et une restitution aura lieu à la fin de l’atelier. Les profils de participant(e)s recherchés comprennent tout public, un intérêt pour le cinéma est un plus.

  • Intervention au séminaire des jeunes chercheur.euse.s, #SNDU2025

    Du 17 au 21 mars 2025, le Réseau des Urfist propose une série, intégralement à distance, de rencontres, ateliers, formations et webinaires pour outiller vos recherches. Les 7 Urfist invitent à découvrir ou compléter les connaissances sur l’intelligence artificielle, les fake sciences, les corpus textuels, ORCID, la publication en accès libre et les registered reports, les mèmes, la 3D, la gestion des photos et des images, etc.

    J’ai eu le plaisir d’intervenir au Séminaire jeunes chercheurs information scientifique #SNDU2025, tenu le 19 mars 2025, dans la Table ronde 3 : Communautés et mondes sociaux.

    Mon intervention, Rhétorique numérique et pouvoir d’action des formes d’écriture participative au sein des plateformes de critique culturelle, a porté sur mon travail de thèse. J’ai présenté l’étude les formes d’écriture et leur pouvoir d’action en contexte de participation numérique. La thèse se concentre sur un objet sémiotique singulier, celui de la liste, que j’analyse dans un corpus de neuf plateformes de critique culturelle. La liste est comprise comme une forme sémiotique qui est, d’abord, observable sur nos écrans, qui, ensuite, déploie des modalités de socialisation dans des processus infocommunicationnels et qui, enfin, représente le lieu d’inscription d’un nombre de rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus. À travers l’étude de cette forme, je propose le déploiement d’une rhétorique de l’écriture numérique et des processus de participation.

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  • Intervention au séminaire de la thématique « Traces », DICEN-IdF

    À l’occasion du séminaire interne au laboratoire Dicen de la thématique « Traces » du 7 février 2025, ayant pour objet la notion d’épuisement, je présente une réflexion autour du texte L’épuisé de Gilles Deleuze, écrit en postface à Quad et autres pièces pour la télévision de Samuel Beckett et paru en 1992 aux Éditions de Minuit. Il s’agit du seul texte que Deleuze écrit sur Beckett parmi ses nombreux travaux dédiés à la littérature (Proust et les signes en 1970, Kafka pour une littérature mineure en 1975, Critique et clinique en 1993 – où apparaît une référence à Beckett en rapport au « bégaiement » de la langue, aux « trous » réalisés sur la langue de l’intérieur). Il déploie une réflexion, non seulement sur les écrits pour la télévision, mais aussi sur le mouvement général de son œuvre.

    Mon intervention intitulée « Une lecture de L’Épuisé de Gilles Deleuze, entre théorie de la littérature et écriture numérique » se pose ainsi trois objectifs : contribuer à une définition théorique du concept d’épuisement, grâce à une lecture de L’épuisé de Gilles Deleuze ; dégager une définition procédurale et opérationnelle de l’épuisement qui dérive de la théorie littéraire et de l’analyse de l’écriture de Samuel Beckett ; ouvrir de possibles pistes de réflexion pour l’écriture numérique. Je me base sur des travaux de recherche en théorie littéraire réalisés dans le cadre de mon Master 1 et 2 en Lettres et que je propose, ici et à titre exploratoire, dans un enjeu de problématisation de l’écriture informatisée.

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