• Présentation du « Collectif Champs des Possibles »

    Le Collectif Urgences Environnementales, auquel je suis heureuse de participer, se réinvente sous un nouveau nom — le Collectif Champs des Possibles — et lance sa page de présentation. En voici le contenu :

    Créé en avril 2023, le collectif Champ des possibles regroupe des doctorant·es, enseignant·es-chercheur·euses, chercheur·euses qui souhaitaient réfléchir au positionnement de la recherche face aux crises environnementales et agir ensemble, à l’échelle de la Cité Descartes et au-delà.

    Objectifs

    Les membres du collectif partagent plusieurs idées majeures :

    • la volonté de ne pas séparer les problématiques environnementales et écologiques des questions d’inégalités sociales, à la fois pour des raisons éthiques (les transformations socio-écologiques ne peuvent se faire au bénéfice de certains groupes et au détriment des autres) et pragmatiques (l’absence de prise en compte des inégalités et des enjeux de justice aboutit à de fortes contestations et à un recul des politiques environnementales);
    • la conviction que les actions à mener ne se limitent pas aux solutions techniques ou technologiques et engagent des changements des pratiques sociales et des modes de vie, entendus au sens de manières d’habiter collectivement les territoires – et non pas en termes d’écogestes ou de comportements individuels;
    • la nécessité de reconnaître ladimension politique des transformations socio-écologiques, c’est-à-dire des questions que ces transformations soulèvent en termes d’(in)égalités, de rapports de pouvoir, de conflits, d’arbitrages collectifs;
    • le souhait de contribuer à l’éclairage du débat public autour de ces enjeux et d’agir, à l’échelle du campus et au-delà.

    Actions

    Identifiées dès la création du collectif, plusieurs modalités d’action ont donné lieu à des initiatives portées ou soutenues par différentes instances (laboratoires, groupes de travail transversaux, cellules DDRS des établissements, etc.), au-delà du collectif lui-même.

    (1) Refuser l’instrumentalisation de l’université

    « Nous sommes l’Université ». Nous considérons que les marques de nos établissements ne doivent pas servir à promouvoir des activités contraires aux engagements internationaux en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ou non compatibles avec le respect des limites planétaires. Les membres du collectif, à titre individuel et collectif, expriment régulièrement leur désaccord vis-à-vis des modes de financement actuels de la recherche, qui orientent les travaux vers des solutions essentiellement technologiques et dépolitisent le débat sur les « transitions » (énergétique, écologique, numérique, etc.).

    (2) Transformer l’enseignement et les formations

    La question du contenu des enseignements et de leur évolution souhaitable a été posée à l’échelle nationale par le rapport Jouzel. Les membres du collectif participent à l’effort en matière d’évolution des formations. L’un des enjeux est également de réfléchir aux besoins sur l’ensemble du campus.

    (3) Changer la recherche

    Nous discutons également du contenu des recherches et participons à la mise en œuvre ou au soutien d’initiatives de production et de diffusion de connaissances, en nous servant de notre environnement de proximité comme d’un laboratoire. En lien direct ou non avec le collectif, plusieurs actions ont été menées sur ce thème :

    • Organisation par l’ex-groupe de travail « Ville et Énergie » du Labex Futurs Urbains d’une série de visites de sites sur le campus de la Cité Descartes et dans son environnement immédiat autour des enjeux de la désescalade énergétique et une journée d’étude sur ce thème. Un ouvrage collectif sera publié sur ces thématiques en 2026.
    • Participation de nombreux membres du collectif au numéro spécial de « Transitions » (anciennement Annales des Ponts) coordonné par Bruno Tassin et Nathalie Roseau, intitulé « Au pied du mur ».
    • Le 2 décembre 2025, la projection-débat du film de Violeta Ramirez, Transition sous tension, en présence de la réalisatrice. Bande annonce ici

    (4) Faire évoluer nos pratiques

    Depuis 2023, des groupes de travail se sont mis en place au sein de plusieurs laboratoires du site, afin de travailler sur les impacts environnementaux des activités de recherche et de mettre en œuvre des mesures visant à les réduire.

    Plusieurs actions ont été menées dans ce cadre :

    • Plusieurs laboratoires de la Cité Descartes ont adopté des chartes environnementales visant à réduire les impacts environnementaux des pratiques de recherche (usage de l’avion, achats de matériels), d’autres sont en train de produire leur bilan carbone (méthodologie labos 1.5)
    • Une journée interlaboratoires « Champs des possibles » a été organisée en mai 2024, qui visait à partager les expériences des différents laboratoires et, au-delà, à questionner les pratiques de recherche, à discuter de l’engagement des chercheur.ses mais aussi à interpeler nos établissements
    • Un groupe de doctorant·es et post-doctorant·es est en cours de constitution pour poursuivre les réflexions en cours et les défendre auprès des collectifs d’enseignement et de recherche

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  • Demi-journée de présentation de la SNBC3, DGEC

    Le 26 mars 2026, dans le cadre de l’événement sur la Stratégie Nationale Bas Carbone – SNBC3 organisé par la Direction générale de l’Énergie et du Climat – DGEC à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, je présente le poster scientifique « Rendre visible la sobriété pour inviter à y participer ». 

    Le poster illustre les recherches menées au cours de ma recherche post-doctorale pour le projet ADEME « SOBREPOL – Politiques de la sobriété énergétique » en collaboration avec Claire Le Renard. La recherche se concentre sur le changement de la norme sociale guidant les pratiques énergétiques au cours de la crise énergétique de 2022-2023 et notamment sur le rôle du dispositif politique (« Le plan de sobriété énergétique ») et info-communicationnel (la campagne de communication publique « Chaque geste compte »). Ces dispositifs sont notamment analysées à partir des approches de la participation matérielle, de la sociologie des problèmes publics, de la théorie des pratiques et en prenant en compte des processus de médiatisation divers.

    La question de recherche : « comment faire changer une norme sociale ? ». Le poster décline nos résultats provisoires selon 4 axes : 

    • faire attention : une valorisation de la modération de la consommation, qui réactive une norme sociale préexistante ;
    • la prise de conscience : métabolismes et impacts environnementaux vus par les classes intellectuelles ;
    • inviter à participer : une activation dépolitisée de la participation citoyenne ;
    • communiquer l’exemplarité : déplacer la norme vestimentaire et de présentation de soi par une stratégie d’invitation à l’émulation.

    Support de la présentation

  • Intervention au séminaire du CML

    Avec Dylan Fluzin, une participation au séminaire interne du groupe de recherche Culture Média Lab (DICEN IDF, Université Paris Nanterre) du 19 février 2026.

    Les deux communications visent à interroger des points de rencontre entre les sciences de l’information et de la communication et le design. En mettant en avant une approche matérielle aux phénomènes communicationnels, elles se rejoignent sur la question : comment des dispositifs info-communicationnels dessinent et encadrent des pratiques collectives (pratiques énergétiques d’un côté, pratiques mémorielles de l’autre) ?

    « Communication et design de la participation énergétique : synecdoques et cybernétiques corporelles » 

    Irene De Togni. Post-doctorante à l’ENPC, LATTS.

    Cette communication présente une partie des travaux en cours dans le cadre du contrat post-doctoral pour le « Projet ADEME SOBREPOL – Politiques de sobriété énergétique dans la crise énergie-climat ». Elle se concentrera sur le cadre théorique, le corpus et la méthodologie d’analyse. L’analyse porte notamment sur le « plan de sobriété énergétique » de 2022-2023, et sur la campagne gouvernementale de communication-action grand public « chaque geste compte ». La campagne est étudiée à travers la question de la participation énergétique, dans une perspective où les objets info-communicationnels sont en même temps des médias qui engagent la participation citoyenne avec des modalités diverses et des représentations diverses de la planification et de la participation énergétique, des médiatisations plurielles, stratifiées et circulantes. Médiation technique et médiatisation de la sobriété mettent en lumière des aspects matériels, techniques et corporels précis qui posent autrement la question de la tension entre responsabilité individuelle et système sociotechnique (entreprise, collectivité territoriale, État, etc.) face au problème écologique à travers la question de l’incorporation des pratiques de participation énergétiques.

    « Plateforme, mémoire, et dispositif : une approche de recherche par le design des pratiques d’archivation LGBTQIA+ » 

    Dylan Fluzin. Doctorant en SIC et Design, DICEN IDF. 

    Le travail de thèse porte globalement sur les pratiques de mémoire et d’auto-documentation dans les communautés LGBTQIA+, en particulier à partir de contenus produits sur des plateformes comme Instagram. Cette présentation n’insistera pas tant sur le terrain lui-même que sur la manière dont la question est abordée méthodologiquement. L’idée serait de montrer que les plateformes ne sont pas considérées seulement comme des supports de contenus, mais comme des dispositifs techniques et informationnels dont le design influence concrètement la manière dont les communautés produisent, font circuler et conservent leurs traces. À partir de là, ce travail consiste à faire un double mouvement : analyser ces effets du design de plateforme sur les pratiques mémorielles, puis expérimenter en première personne, par des dispositifs de recherche par le design (ateliers, protocoles d’éditorialisation, transformations matérielles de données, etc.), des formes possibles d’archivation qui tiennent compte de ces contraintes.

  • Participation au colloque international « Écrits ordinaires »

    Du 12 au 14 novembre 2025 se tiendra, à l’Université Paris Est Créteil, le colloque international « Écrits ordinaires : pratiques d’écriture et de lecture dans les espaces domestiques et publics ». Il est organisé par le réseau de recherche international « Le genre bref dans l’espace public » porté par les universités Paris 3-Sorbonne Nouvelle, Pau et les Pays de l’Adour, Gustave Eiffel et Aoyama Gakuin (Tokyo).

    J’y participerai avec une intervention intitulée « Rhétorique de l’écriture ordinaire en milieu numérique : le cas de la liste et de l’anthologisation des pratiques de la critique culturelle amateure ». Voici le résumé :

    Résumé

    Cette proposition de communication s’appuie sur un travail de thèse en sciences de l’information et de la communication. Elle étudie un objet sémiotique singulier, celui de la liste, comprise comme une forme sémiotique qui est, d’abord, observable sur nos écrans, qui, ensuite, déploie des modalités de socialisation dans des processus infocommunicationnels et qui, enfin, représente le lieu d’inscription d’un nombre de rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus. Listes d’amis sur les médias sociaux, rubriques des smartphones, menus déroulants, listes de diffusion, paniers des sites e-commerce, etcétéra : la production surabondante de listes au sein des médias informatisés met en évidence le symptôme d’une certaine anthologisation du numérique aussi bien que des pratiques que les technologies informatiques supportent et façonnent.

    Le milieu de la prescription de jugement en ligne, exhibe avec une particulière prépondérance ce devenir-liste des pratiques culturelles ordinaires, des objets culturels tout comme des profils. Ce travail se concentre sur le cas des plateformes de critique culturelle et sur un corpus d’analyse de neuf plateformes : GoodReads, Babelio, Livraddict, SensCritique, Letterboxd, Inducks, Wattpad, TYPEE et MUBI. Pour l’analyse de ce corpus, il est adoptée principalement une méthode pragmatique dite « sémio-rhétorique » (Bachimont & Bouchardon, 2023) qui combine une sémiotique des interfaces et une sémiotique des relations. Elle prend en compte les agents sémiotiques qui mobilisent les formes rhétoriques, au niveau le plus superficiel des interfaces numériques, dans des actes communicationnels avec autrui. Elle s’applique aux formes d’écriture des interfaces des plateformes, aux listes d’objets culturels et aux listes de profils notamment, pour déterminer leurs affordances et leur pouvoir d’action dans le cadre de participation spécifique à la construction du discours de la critique cultuelle en ligne.

    De l’analyse empirique dérive une modélisation de la liste informatisée comme une forme intermédiatique de l’écriture pratique. Dans le passage du régime graphique au régime numérique de l’écriture, cette technologie intègre des textualités diverses : l’architexte (Jeanneret & Souchier, 2005), le paratexte, l’hypertexte et le programme (Bachimont, 2010). Elle exhibe, ainsi, des nouveaux enjeux de structuration des connaissances et des sociétés informatisées tout comme de l’action des usagers des dispositifs d’écriture observés. Il en dérive aussi une typologie des affordances (le terme est introduit pour la première fois par le psychologue James J. Gibson dans The Theory of Affordances en 1977) numériques de la liste. Ces listes représentent, en fait, un outillage particulier aux activités de lecture et d’écriture ordinaires des publics des plateformes et instaurent des relations spécifiques entre les acteurs en jeu dans l’élaboration du discours critique en ligne. L’un des aspects qui émergent avec évidence c’est l’affordance participative que la liste développe, en opérant une intermédiation des processus d’écriture des plateformes. Le cas de Listopia, une fonctionnalité de la plateforme Goodreads, est particulièrement parlant, à cet égard.

    Depuis ses premières conceptualisations, la liste se nourrit d’une double théorisation anthropologique et linguistique (Goody, 1978 ; Hamon, 1993) qui l’associe à un régime d’écriture ordinaire et pratique (ou fonctionnelle), de l’ordre du faire. Cela à l’intérieur d’un milieu où les technologies scripturaires structurent des connaissances et des sociétés. À partir de cet ancrage théorique, cette communication étudie la liste comme une forme générative des activités collectives. Une telle économie scripturaire de la liste se comprend au sens d’une praxis, et inscrit son agentivité et les usages qu’elle supporte dans une réflexion éthique et politique. En d’autres termes, interroger la pratique de la mise en forme, de la mise en liste, au sein des environnements numériques, signifie sonder la discipline au sens foucaldien de l’écriture informatique qui passe par la liste. Par ailleurs, cela signifie aussi questionner la capacité de la forme à supporter le développement d’une agentivité, d’un pouvoir d’action, en référence non seulement à la littératie de Jack Goody mais aussi aux arts de faire de Michel de Certeau et de la sociologie française de la réception créatrice. Ces pouvoirs des listes s’observent, néanmoins, de manière spécifique dans les sociétés informatisées. Le numérique participe, en fait, de manière singulière au processus historique de codification des pratiques sociales porté par la scripturalisation. Les écrans nous présentent des formes sociales scripturaires, dont les listes font partie, qui intègrent une dimension opératoire spécifique et qui habilitent et conditionnent de façon singulière leurs usagers. Ces formes demandent, ainsi, une intelligibilité et une maitrise adaptées à de supports informatisés au sein desquels elles s’inscrivent et circulent. C’est en ce sens que le questionnement des listes numériques exhibe sa nature rhétorique et qu’il paraît judicieux d’élargir cette perspective rhétorique à l’analyse des configurations socionumériques.

    Bibliographie indicative

    Bachimont, B. (2010). Le sens de la technique : Le numérique et le calcul. les Belles lettres.

    Bachimont, B., & Bouchardon, S. (2023). Littératie et rhétorique numériques. Intelligibilité du Numérique, 4.

    Bertrand, P. (2015). Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et empire, 1250-1350). In Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et empire, 1250-1350). Éditions de la Sorbonne. https://books.openedition.org/psorbonne/29449

    Bonaccorsi, J., & Croissant, V. (2015). « Votre mémoire culturelle » : Entre logistique numérique de la recommandation et médiation patrimoniale. Le cas de Sens Critique. Études de communication, 45(2), 129‑148. https://doi.org/10.4000/edc.6467

    Bowker, G. C., & Star, S. L. (1999). Sorting things out : Classification and its consequences. MIT Press.

    Candel, É., Jeanne-Perrier, V., & Souchier, E. (2012). Petites formes, grands desseins. D’une grammaire des énoncés éditoriaux à la standardisation des écritures (p. 165‑201). Hermès-Lavoisier. https://shs.hal.science/halshs-01709086

    Certeau, M. de. (1980). L’invention du quotidien. I, Arts de faire (L. Giard, Éd.). Gallimard.

    De Togni, I. (2025). Rhétorique de la liste dans la plateformisation de la critique culturelle — Formes et outils d’écriture de la participation numérique [Thèse de doctorat, Université Paris Nanterre].

    Eco, U. (2009). Vertigine della lista. Bombiani.

    Fabre, D. (1993). Écritures ordinaires. Bibliothèque publique d’information, Centre Georges- Pompidou : P.O.L.

    Goody, J. (1978). La raison graphique : La domestication de la pensée sauvage (A. P. Bensa, Éd. ; J. Bazin & A. Bensa, Trad.). Éditions de Minuit.

    Goody, J. (2018). La logique de l’écriture : L’écrit et l’organisation de la société (A.-M. Roussel, Trad.). Armand Colin.

    Hamon, P. (1993). Du descriptif. Hachette supérieur.

    Jeanneret, Y., & Souchier, E. (2005). L’énonciation éditoriale dans les écrits d’écran. Communication & Langages, 145(1), 3‑15. https://doi.org/10.3406/colan.2005.3351

  • Publication de Hybrid 13. Vies et vitalités des mèmes (vol. 2)

    Le numéro 13 de la revue Hybrid consacré aux mèmes « Performativités, domestications et résistances mémétiques. Vies et vitalités des mèmes (vol. 2) » que j’ai eu le plaisir de co-diriger est en ligne ! Un grand merci à toustes celleux qui y ont participé.

    Nous avons écrit l’introduction au numéro à plusieurs mains avec Laurence Allard, Fabrizio Defilippi, Lucas Fritz, Adrien Péquignot et Gabriele Stera.

    « Opérateurs de multiples allers-retours entre espaces connectés et non connectés, les mèmes peuvent devenir un puissant vecteur idéologique qui polarise et politise. Vecteurs de significations sociales partagées (Defilippi & Fritz, 2022), ils font émerger des communautés (précaires et provisoires) qui peuvent se construire « en négatif », contre des cibles précises (catégories, idées et visions du monde indésirables). La lutte entre gnomes et chevaliers met en scène un désir individuel et collectif de « prendre position », contrequelque chose avant tout, suivant des tendances sociales plus affectives que raisonnées : dynamique qui caractérise une bonne partie de la production mémétique contemporaine. »

    « Reprenant l’opposition entre in vivo et in vitro, ce numéro vise à éclairer l’entremêlement du scientifique et de l’industrie à la lumière des tensions historiques aux durées multiples, du spectre des guerres comme celui des « souffrances de l’Histoire » (Haraway, 2020), des rapports d’exploitation et de domination des non-humains, mais aussi de la corporéité et de la biologie humaine. Il offre également l’occasion de réfléchir à la place du langage scientifique et de sa rationalité dans l’altération de l’écosystème mémétique – et, in fine, d’explorer la question de l’auto-modification collective des corps des chercheurs et chercheuses par le prisme de ces jeux mémétiques (pas si innocents) et de leurs dispositifs de production, qu’il s’agisse de conversations WhatsApp ou de dialogues muséaux. »

  • Intervention à la JE « Sciences avec et pour la société »

    Le 19 mai 2025 se tient à l’amphithéâtre Weber à l’Université Paris Nanterre la Journée d’études « Sciences avec et pour la société« . Evénement organisé dans le cadre du projet « Sciences in cité » label SAPS, en partenariat avec l’association Sciences Citoyennes. La journée vise à renforcer l’interconnaissance entre les équipes de l’UPN dont les recherches se dotent d’une dimension Science Avec et Pour la Société.

    Avec Benjamin Barbier, j’ai le plaisir de proposer une intervention intitulée « Plateformes contributives culturelles : bilan du projet ANR Collabora ». La présentation porte sur les axes du projet ANR Collabora, avec un focus sur l’Observatoire des plateformes contributives culturelles, qui représente le volet collaboratif du projet. Nous revenons sur les résultats quantitatifs et qualitatifs apportés par l’Observatoire en question.

    Je co-anime également l’ »Atelier 2 : Les plateformes contributives culturelles (Amphi Weber, présentiel) » dans la discipline : Sciences de l’information et de la communication. L’atelier propose une prise en main des plateformes contributives cultuelles, avec l’enjeu de se familiariser avec le regard critique porté par la recherche sur ce sujet. Quant à la méthodologie proposée, nous demandons aux participant(e)s de s’exercer à l’analyse des interfaces des plateformes, des profils et des contenus produits par les utilisateurs et ce, dans une démarche comparative de trois plateformes de critique dans le domaine du cinéma. Les participant(e)s seront divisé(e)s en groupes et une restitution aura lieu à la fin de l’atelier. Les profils de participant(e)s recherchés comprennent tout public, un intérêt pour le cinéma est un plus.

  • Intervention au séminaire des jeunes chercheur.euse.s, #SNDU2025

    Du 17 au 21 mars 2025, le Réseau des Urfist propose une série, intégralement à distance, de rencontres, ateliers, formations et webinaires pour outiller vos recherches. Les 7 Urfist invitent à découvrir ou compléter les connaissances sur l’intelligence artificielle, les fake sciences, les corpus textuels, ORCID, la publication en accès libre et les registered reports, les mèmes, la 3D, la gestion des photos et des images, etc.

    J’ai eu le plaisir d’intervenir au Séminaire jeunes chercheurs information scientifique #SNDU2025, tenu le 19 mars 2025, dans la Table ronde 3 : Communautés et mondes sociaux.

    Mon intervention, Rhétorique numérique et pouvoir d’action des formes d’écriture participative au sein des plateformes de critique culturelle, a porté sur mon travail de thèse. J’ai présenté l’étude les formes d’écriture et leur pouvoir d’action en contexte de participation numérique. La thèse se concentre sur un objet sémiotique singulier, celui de la liste, que j’analyse dans un corpus de neuf plateformes de critique culturelle. La liste est comprise comme une forme sémiotique qui est, d’abord, observable sur nos écrans, qui, ensuite, déploie des modalités de socialisation dans des processus infocommunicationnels et qui, enfin, représente le lieu d’inscription d’un nombre de rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus. À travers l’étude de cette forme, je propose le déploiement d’une rhétorique de l’écriture numérique et des processus de participation.

    Support de la présentation

  • Intervention au séminaire de la thématique « Traces », DICEN-IdF

    À l’occasion du séminaire interne au laboratoire Dicen de la thématique « Traces » du 7 février 2025, ayant pour objet la notion d’épuisement, je présente une réflexion autour du texte L’épuisé de Gilles Deleuze, écrit en postface à Quad et autres pièces pour la télévision de Samuel Beckett et paru en 1992 aux Éditions de Minuit. Il s’agit du seul texte que Deleuze écrit sur Beckett parmi ses nombreux travaux dédiés à la littérature (Proust et les signes en 1970, Kafka pour une littérature mineure en 1975, Critique et clinique en 1993 – où apparaît une référence à Beckett en rapport au « bégaiement » de la langue, aux « trous » réalisés sur la langue de l’intérieur). Il déploie une réflexion, non seulement sur les écrits pour la télévision, mais aussi sur le mouvement général de son œuvre.

    Mon intervention intitulée « Une lecture de L’Épuisé de Gilles Deleuze, entre théorie de la littérature et écriture numérique » se pose ainsi trois objectifs : contribuer à une définition théorique du concept d’épuisement, grâce à une lecture de L’épuisé de Gilles Deleuze ; dégager une définition procédurale et opérationnelle de l’épuisement qui dérive de la théorie littéraire et de l’analyse de l’écriture de Samuel Beckett ; ouvrir de possibles pistes de réflexion pour l’écriture numérique. Je me base sur des travaux de recherche en théorie littéraire réalisés dans le cadre de mon Master 1 et 2 en Lettres et que je propose, ici et à titre exploratoire, dans un enjeu de problématisation de l’écriture informatisée.

    Support de la présentation

  • Discours de soutenance de thèse

    Je partage mon discours de soutenance de thèse qui s’est tenue le 8 janvier 2025 à l’Université Paris Nanterre.

    Discours de Soutenance

    Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du jury, chers collègues, chers amis,

    Je suis ravie de présenter devant vous, aujourd’hui, une thèse en sciences de l’information et de la communication intitulée Rhétorique de la liste dans la plateformisation de la critique culturelle — Formes et outils d’écriture de la participation numérique.

    Remerciements

    Je souhaiterais, avant tout, remercier les membres du jury d’avoir porté intérêt à mon étude et d’avoir accepté de participer à cette soutenance.

    Je tiens aussi à remercier sincèrement mes directrices de thèse, Marta Severo et Sarah Labelle, pour leur suivi attentionné et pour le soutien qu’elles m’ont apporté pendant ces années de doctorat.

    Je souhaite, par ailleurs, remercier le laboratoire Dicen et les membres du Culture Media Lab, grâce auxquels j’ai pu bénéficier de très bonnes conditions de travail, tout aussi bien scientifiques que humaines.

    Enfin, je remercie chaleureusement le public ici présent.

    Objet d’étude

    Je voudrais rentrer dans le vif du sujet en vous présentant mon objet d’étude et la problématique qu’il déploie. Dans mon travail de thèse, j’étudie un objet sémiotique singulier, celui de la liste, que j’analyse dans un corpus de neuf plateformes de critique culturelle. La liste est comprise comme une forme sémiotique qui est, d’abord, observable sur nos écrans, qui, ensuite, déploie des modalités de socialisation dans des processus infocommunicationnels et qui, enfin, représente le lieu d’inscription d’un nombre de rapports de pouvoir qui se jouent dans ces processus. Listes d’amis sur les médias sociaux, rubriques des smartphones, menus déroulants, listes de diffusion, paniers des sites e-commerce, etcétéra : la production surabondante de listes au sein des médias informatisés met en évidence, en première analyse, le symptôme d’une certaine anthologisation du numérique aussi bien que des pratiques que les technologies informatiques supportent et façonnent.

    Depuis ses premières conceptualisations, la liste se nourrit d’une double théorisation anthropologique et linguistique. Les études de Jack Goody et de Philippe Hamon notamment, l’associent à un régime d’écriture pratique, de l’ordre du faire. Cela à l’intérieur d’un milieu où les technologies scripturaires structurent des connaissances et des sociétés. À partir de cet ancrage théorique, j’étudie la liste comme une forme générative des activités collectives. Je comprends une telle économie scripturaire de la liste au sens d’une praxis, et j’inscris son agentivité et les usages qu’elle supporte dans une réflexion éthique et politique. En d’autres termes, interroger la pratique de la mise en forme, de la mise en liste, au sein des environnements numériques, signifie sonder la discipline au sens foucaldien de l’écriture informatique qui passe par la liste. Par ailleurs, cela signifie aussi questionner la capacité de la forme à supporter le développement d’une agentivité, d’un pouvoir d’action, en référence non seulement à la littératie de Jack Goody mais aussi aux arts de faire de Michel de Certeau et de la sociologie française de la réception créatrice.

    Ces pouvoirs des listes s’observent, néanmoins, de manière spécifique dans les sociétés informatisées. Le numérique participe, en fait, de manière singulière au processus historique de codification des pratiques sociales, processus porté par la scripturalisation. Les écrans nous présentent des formes sociales scripturaires, dont les listes font partie, qui intègrent une dimension opératoire spécifique et qui habilitent et conditionnent de façon singulière leurs usagers. Ces formes demandent, ainsi, une intelligibilité et une maitrise adaptées à de supports informatisés au sein desquels elles s’inscrivent et circulent. C’est en ce sens que le questionnement des listes numériques exhibe sa nature rhétorique et qu’il paraît judicieux d’élargir cette perspective rhétorique à l’analyse des configurations socionumériques.

    Pour répondre à cette problématique, j’avance deux hypothèses de travail. La première concerne l’opportunité d’une étude approfondie d’une forme pour déployer des considérations sur des processus scripturaires plus généraux. La liste m’a paru, dès les premières phases de l’analyse, comme l’une des figures centrales de l’écriture informatisée. En deçà des évolutions formelles et opérationnelles portées par l’automatisation de la liste, celle-ci semble se situer, pour l’écriture documentaire et technique, au même niveau de pertinence que la métaphore pour le régime mimétique de l’écriture.

    Cette première hypothèse m’a conduite à réaliser un travail sur les avatars intermédiatiques de la liste. Elle m’a portée à étudier comment les composantes de la liste et les opérations formelles d’ordre graphique qui l’animent se confrontent à des textualités nouvelles : le paratexte, l’architexte, l’hypertexte et le programme. Le mouvement de cette liste informatisée est au cœur de la dimension anthologique propre au numérique, déjà soulignée par Milad Doueihi. De ceci, ils ressortent des enjeux d’éditorialisation, d’architecture de l’information et de taxinomie populaire.

    La seconde hypothèse de travail prend en compte le pouvoir de la liste dans sa vie sociale. Elle propose une politique de cet outil d’écriture qui s’épanouit dans les pratiques participatives en ligne. À l’appui du fait que la liste présente un grand nombre d’incidences avec les pratiques participatives depuis ses origines, j’ai étudié une dimension sociale particulière de la liste, au moment où elle se politise comme un outil de participation. À côté des effets d’organisation des connaissances et des sociétés revendiquées par Jack Goody et par les études info-communicationnelles, la liste porte en elle, dans son design, dans sa pragmatique, une proximité avec la gestion de la pluralité et la mise en relation procédurale des éléments qu’elle constitue en items. La liste, en ce sens, m’a servi d’appui à une interprétation de la pratique sociopolitique de la participation qui se scripturalise sur les médias informatisés, et notamment de sa configuration la plus récente, celle des plateformes.

    Cette deuxième hypothèse m’a portée à une superposition opératoire entre la notion de forme d’écriture et d’outil de participation, entre les métamorphoses formelles et une performativité particulière des formes d’écriture informatisées. À l’aide du courant pragmatiste des études anthropologiques sur la participation matérielle, j’ai situé l’étude des formes d’écriture au sein d’un milieu d’encodage technique pluriel et stratifié des processus de participation.

    Deux notions ressortent notamment de la discussion théorique : le toolmaking, d’abord, c’est-à-dire la pratique de la participation outillée qui parait dans les années 1990 et qui constitue l’ossature des plateformes d’aujourd’hui. Ce toolkit comprend les outils matériels de participation aussi bien que la dimension de leur socialisation, comprise comme essentielle à leur développement. Il fait le pont entre la standardisation des écritures et les créativités nouvelles portées par la spécialisation fonctionnelle des usagers qui s’approprient de l’outil. La notion d’affordance, ensuite, est définie en lien avec la matérialité numérique de l’objet sémiotique d’étude et la dimension de sa réception créatrice. Elle m’a permis de relier les questions de la littératie numérique aux enjeux d’appropriation des outils des plateformes. J’ai, ainsi, situé les affordances que les technologies d’écriture déploient en contexte de participation numérique, au centre de la capacitation des publics et de l’innovation technologique des dispositifs.

    Méthode et corpus analysé

    J’en viens maintenant à la présentation du corpus et de la méthode d’analyse adoptée pour cette thèse. Le milieu de la prescription de jugement en ligne, exhibe avec une particulière prépondérance un devenir-liste des objets culturels tout comme des profils. J’ai analysé, alors, le cas des plateformes de critique culturelle, qui se constituent comme un espace de prise de parole critique, en milieu informatisé, à partir du milieu des années 1990.

    La constitution de mon corpus d’analyse s’est déroulée en trois phases et suit une démarche de délimitation progressive de mon échantillon. La première consiste dans l’exploration des sites web qui exercent une activité collective de critique culturelle. J’ai recensé cent-dix dispositifs qui établissent un état des lieux de l’actualité de la critique culturelle participative sur le Web. J’y ai constaté la présence de formes sociales récurrentes traduites par ces sites. La transversalité de la forme du catalogue, parmi celles-ci, constitue en quelque sorte le squelette de ces dispositifs. La morphologie de la production participative de la critique se différencie, à cet égard, de formes non participatives. La deuxième phase comporte l’application, à ces sites, de grilles d’analyse pour comparer leur morphologie et leur dimension sociale, aussi bien que l’application d’un nombre de critères de restriction du corpus. J’ai, de cette manière, identifié vingt-cinq dispositifs (entre les cent-dix) qui décrivent l’environnement existant des plateformes de critique culturelle. Ce phénomène de plateformisation est, également, en jeu dans des plateformes qui ne se décrivent pas comme primairement critiques, mais qui contiennent en leur sein un discours critique plus ou moins largement appuyé sur des listes.

    La troisième phase conduit à l’extraction d’un échantillon encore plus restreint de neuf plateformes, que j’ai retenues pour l’étude proprement qualitative. Il s’agit (je dresse une liste) de GoodReads, Babelio, Livraddict, SensCritique, Letterboxd, Inducks, Wattpad, TYPEE et MUBI. Parmi les plateformes retenues, émergent des cas paradigmatiques qui m’ont permis d’étudier des tendances de la plateformisation de la critique culturelle, aussi bien que son évolution. Il s’agit de l’Inducks, créée au milieu des années 1990, qui montre une configuration embryonnaire du phénomène. Il s’agit notamment de Goodreads, achetée par Amazon en 2013, qui se positionne au sommet de la marchandisation des formes de la critique littéraire amateure. J’ai réalisé, pour cette dernière, une étude approfondie afin de déconstruire le façonnement, de nature rhétorique, qui travaille à l’orientation participative des listes.

    Pour l’analyse de mon corpus, j’ai adopté principalement une méthode « sémio-rhétorique ». Elle dérive de l’analyse pragmatique proposée par Bachimont et Bouchardon dans un article de 2023 et combine une sémiotique des interfaces et une sémiotique des relations. Elle prend en compte les agents sémiotiques qui mobilisent les formes rhétoriques, au niveau le plus superficiel des interfaces numériques, dans des actes communicationnels avec autrui. Je l’ai appliquée aux formes d’écriture des interfaces des plateformes pour déterminer leurs affordances et leur pouvoir d’action.

    Dans le cadre du projet de recherche ANR Collabora, qui a accueilli le financement de mon doctorat, j’ai mené un travail ethnographique et hybride, hors-ligne et en ligne, pour la plateforme Inducks. Ce travail n’a, toutefois, pas trouvé sa place au sein de cette thèse, pour de choix d’homogénéisation des méthodes d’analyse du corpus. Pour la plateforme Goodreads, au fur et à mesure que se consolidait le choix de mener pour ce cas représentatif une étude approfondie, j’ai mis en place une pratique participante en ligne, avec la création d’un profil utilisateur. Ma démarche nethnographique s’est focalisée sur la création de listes et sur l’interaction avec les usagers, notamment par l’inscription à des groupes de discussion et par le recours à la messagerie et aux commentaires. Cette pratique a vite consolidé un intérêt pour le test de l’outil et la mise en scène de soi, au sein de la suite des pages de création de listes d’objet ou de profils. Je me suis intéressée, ainsi, à l’activité générée par les divers types de listes créées, notamment pour observer les modalités d’alimentation plurielle des listes, de vote ou participatives, d’un point de vue de créateur de la liste.

    Ancrage disciplinaire et apports scientifiques

    Je passe, à ce stade de mon discours, à la présentation des apports scientifiques de mon travail de thèse. Un premier apport à la discipline des sciences de l’information et de la communication concerne le rapprochement de l’écriture numérique avec les enjeux et les démarches de la théorie littéraire. Je vise, notamment, à éclairer une dimension rhétorique de l’écriture numérique qui tiendrait ensemble une sémiotique et une conception sociotechnique des objets informatisés. Je propose, aussi, une théorie de l’action des formes qui prend en compte le « faire » et le « faire faire » des formes et des genres de l’écriture médiatique. L’insistance sur l’aspect pratique de l’écriture, m’a permis d’élargir les questions de l’épistémologie du support à la dimension active et opératoire des formes d’écran.

    Un troisième propos a été de faire dialoguer de diverses approches info-communicationnelles de l’écriture numérique, en soulignant leur complémentarité. Convergent, ainsi, dans la réflexion sur les affordances informatisées des formes d’écriture, les théorisations des écrits d’écran, l’architecture de l’information, la raison computationnelle et la pensée de l’éditorialisation. Dans l’espoir de ne pas avoir désorienté la lecture, j’ai fait le choix, en raison de cette complémentarité, de mobiliser selon le contexte de diverses terminologies qui sous-entendent des organisations diverses des éléments à l’écran, telles écrits d’écran et formes numériques, ou écriture numérique et médias informatisés.

    L’un des aspects qui émergent avec évidence, de l’analyse empirique que j’ai menée, c’est l’affordance participative que la liste développe, en opérant une intermédiation des processus d’écriture participative. Le cas de Listopia, une fonctionnalité de la plateforme Goodreads, est particulièrement parlant, à cet égard. Dans cet exposé, je me concentrerai, ainsi, sur un cas d’étude précis de mon corpus. Listopia se présente essentiellement comme un catalogue éditorialisé et comme un moteur de recommandation de listes de livres de nature diverse. Elle présente, également, les architextes de création des listes et propose à l’usager leurs instructions d’usage. Pour le dire autrement, Goodreads regroupe, au sein du seul onglet Listopia, l’ensemble des productions d’une même forme de la contribution, la liste, et les outils pour les créer. Sa configuration exploite ce que j’ai défini une affordance architecturale de la liste, en proposant, ainsi, un emploi récursif de l’outil qui se traduit dans une « liste de listes ».

    Une telle organisation architecturale de l’information et des activités de participation, se reflète sur les modalités de circulation de la forme et sur les modalités de socialisation que la forme véhicule. C’est-à-dire que les publics, induits à se concentrer sur une seule forme, deviennent des spécialistes de la production des listes et font ressortir, en dépit de l’incitation à la production sériée produite par Goodreads, des nouvelles créativités d’emploi. À l’instar d’autres onglets de la plateforme, telle la bibliothèque personnelle ou le forum de discussions, Listopia incarne, en fait, un une organisation hypertextuelle qui génère des modalités participatives déterminées. Elle engendre, notamment, une forme de socialisation autour de l’outil comme modalité participative de sa reproduction spécialisée.

    J’ai montré, en ce sens, que l’appropriation rhétorique des outils d’écriture touche aussi à la dimension architecturale des formes, c’est-à-dire, à la dimension qui règle l’agencement des pages des sites et leur succession dans les parcours de navigation. En d’autres termes, en plus qu’une liste de classement thématique ordonnée par un système de votes, comme voudrait l’emploi suggéré par la plateforme, on y produit de listes diverses : de sondages, de demandes de conseils de lecture personnalisés, de crowdsourcing, de listes éditoriales qui enrichissent les métadonnées d’indexation d’un livre, des transpositions systématiques des contenus provenant d’autres sites, pour ne citer que quelques exemples. Les usagers se servent, en plus, des fonctionnalités de Listopia pour inventer des lieux et de motifs de transcription dans la durée de leurs pratiques qui se sédimentent dans les architextes et dans l’architecture de la plateforme. J’ai interprété ces onglets dédiés aux listes comme une nouvelle occasion matérielle de se constituer comme public. Par ces listes participatives, telle Listopia, en fait, les divers agents sémiotiques instaurent des stratégies de reconception, c’est-à-dire de conception sociale des outils d’écriture qui passent par des pratiques d’appropriation et de retransmission de listes. Ces sections fonctionnement comme des véritables laboratoires d’écriture numérique participative, non seulement de l’outil d’écriture, mais aussi d’un nombre de fonctionnalités de la plateforme elle-même, réinventées par un emploi détourné des listes.

    Poursuite des travaux

    Je m’apprête à conclure ma présentation avec le projet d’un développement possible de mes travaux. J’aimerais notamment poursuivre sur une politique des formes numériques d’écriture et sur une conception sociale des dispositifs scripturaires. Cette approche pourrait, d’une part, s’enrichir d’un nombre de réflexions épistémologiques sur le façonnement technique de l’écriture qui n’ont pas trouvé leur place dans ce travail. D’autre part, il pourrait évoluer vers l’intégration d’une pratique de recherche-création sur l’écriture numérique participative. La liste comme objet d’étude info-communicationnelle suggère l’élaboration d’une rhétorique numérique qui intégrerait un nombre croissant de formes sociales scripturales et relationnelles des médias informatisés. Elle ne peut s’établir qu’en concomitance avec d’autres travaux en sciences de l’information et de la communication et en études littéraires.

    Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du jury, je vous remercie pour votre attention et me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions.

  • Publication de Hybrid 12. Vies et vitalités des mèmes (vol. 1)

    Le numéro 12 de la revue Hybrid consacré aux mèmes « Naissance et renaissance des mèmes. Vies et vitalités des mèmes (vol. 1) » que j’ai eu le plaisir de co-diriger est en ligne ! Un grand merci à toustes celleux qui y ont participé.

    Nous avons écrit l’introduction au numéro à plusieurs mains avec Laurence Allard, Fabrizio Defilippi, Lucas Fritz, Adrien Péquignot et Gabriele Stera.

    « La question de la « vie » des mèmes anime ce numéro 12 d’Hybrid, intitulé Vies et vitalités des mèmes (vol. 1) : Naissance et renaissance des mèmes, ainsi que le numéro 13 – à paraître en avril 2025. Ces deux dossiers s’inscrivent dans la continuité d’une réflexion collective commencée avec la journée d’étude « No(u)s mèmes » qui s’est tenue le 14 octobre 2022 au CNAM de Paris. Dans ces deux numéros, nous souhaitons interroger les « vies multiples » des mèmes, en nous intéressant en particulier aux manières créatives et inattendues dont les mèmes prennent vie dans nos espaces quotidiens.

    Comme l’a souligné Wagener (2022), les mèmes ont une dimension postdigitale, ils créent des courts-circuits entre réalité et fiction, entre vies vécues « pour de vrai » et vies fantasmées. Comme dans le cas du Doge et des backrooms, les mèmes peuvent vivre une vie indépendante des personnages ou des situations qui les ont générés. En occupant notre attention et nos espaces quotidiens, en ligne et hors ligne, ils finissent par nous « hanter », et ce d’une telle manière que nous en subissons non seulement le charme, mais aussi, peut-être, les effets indésirables (comme la captation de notre attention ou la propagation de contenus haineux et politiquement problématiques). Interroger les mèmes du point de vue de leur vie offre, ainsi, un large éventail de perspectives théoriques à la réflexion info-communicationnelle autour de cet objet, au-delà d’une approche immanentiste qui serait pensée uniquement comme une combinaison de texte(s) et image(s). »